‹ Fables. IllustréesChapitre 87 sur 166 · LA LAITJERE ET LE POT AU LAIT · texte numérisé non relu

LA LAITJERE ET LE POT AU LAIT

Perrette sur sa tête ayant un pot au lait,

Bien posé sur un coussinet, Prétendait arriver sans encombre à la ville. Légère et court vêtue, elle allait à grands pas, Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile,

Cotillon simple et souliers plats.

Notre laitière ainsi troussée

Comptait déjà dans sa pensée Tout le prix de son lait ; en employait l'argent ; Achetait un cent d'œufs ; faisait triple couvée : La chose allait à bien par son soin diligent.

— Il m'est, disait-elle, facile D'élever des poulets autour de ma maison ;

Le renard sera bien habile S'il ne m'en laisse assez jiour avoir un cochon. Le porc à s'engraisser coûtera peu de son ; Il était, quand je l'eus, de grosseur raisonnable : J'aurai, le revendant, de l'argent bel et bon. Et qui m'empêchera de mettre en notre étable. Vu le prix dont il est, une vache et son veau. Que je verrai sauter au milieu du troupeau ? Perrette là-dessus saute aussi, transportée : Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée. La dame de ces biens, quittant d'un œil marri

Sa fortune ainsi répandue.

Va s'excuser à son mari.

En grand danger d'être battue.

Le récit en farce en fut fait ;

On l'appela le Pot au lait.

Quel esprit ne bat la campagne ?

Qui ne fait châteaux en Espagne ?

Picrochole, Pyrrhus, la laitière, enfin tous.

Autant les sages que les fous.

Chacun songe en veillant ; il n'est rien de plus doux. Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes ;

Tout le bien du monde est à nous,

Tous les honneurs, toutes les femmes.

Quand je suis seul je fais au plus brave un défi ; Je m'écarte, je vais détrôner le sophi ;

On m'élit roi, mon peuple m'aime ; Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant : Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même,

le suis Gros-Jean comme devant.

♦. Tables de Lji Tomtajt^e

"LWRE SEPTIÈ.lfE

Un mort s'en allait tristement

S'emparer de son dernier gîte ;

Un curé s'en allait gaiement

Enterrer ce mort au plus vite.

Notre défunt était en carrosse porté,

Bien et dûment empaqueté.

Et vêtu d'une robe, hélas ! qu'on nomme bière.

Robe d'hiver, robe d'été,

Que les morts ne dépouillent guère.

Le pasteur était à côté.

Et récitait, à l'ordinaire,

Mcuntes dévotes oraisons.

Et des psaumes et des leçons.

Et des versets et des répons :

Monsieur le mort, laissez-nous faire.

On vous en donnera de toutes les façons ;

Il ne s'agit que du salaire.

Messire Jean Chouart couvait des yeux son mort. Comme si l'on eût dû lui ravir ce trésor ;

Et des regards semblait lui dire :

Monsieur le mort, j'aurai de vous

Tant en argent, et tant en cire,

Et tant en autres menus coûts.

Il fondait là-dessus l'achat d'une feuillette

Du meilleur vin des environs ;

Certaine nièce assez proprette

Et sa chambrière Pâquette

Devaient avoir des cotillons.

Sur cette agréable pensée

Un heurt survient : adieu le chcir.

Voilà messire Jean Chouart Qui du choc de son mort a la tête cassée : Le paroissien en plomb entraine son pasteur ;

Notre curé suit son seigneur ;

Tous deux s'en vont de compagnie.

Proprement toute notre vie Est le curé Chouart qui sur son mort comptait.

Et la Fable du Pot au lait.

Tables de L.4 Tontjume

Lïr7?E Septième ••

LHOMME QUI COURT APRLS LA hORTUNh

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