‹ Fables. IllustréesChapitre 88 sur 166 · ET LHOMME QUI L'ATTEND DANS SON LIT · texte numérisé non relu

ET LHOMME QUI L'ATTEND DANS SON LIT

Qui ne court après la Fortune ?

Je voudrais être en lieu d'où je pusse aisément Contempler la fouie importune De ceux qui cherchent vainement Cette fille du Sort de royaume en royaume, Fidèles courtisans d'un volage fantôme.

Quand ils sont près du bon moment.

L'inconstante aussitôt a leur désir échappe. Pauvres gens ! Je les plains ; car on a pour les fous

Plus de pitié que de courroux. Cet homme, disent-ils, était planteur de choux ;

Et le voila devenu pape !

Ne le valons-nous pas ? Vous valez cent fois mieux

Mais que vous sert votre mente ?

La Fortune a-t-elle des yeux ?

Et puis, la papauté vaut-elle ce qu'on quitte. Le repos ? le repos, trésor si précieux Qu'on en faisait jadis le partage des dieux ! Rarement la Fortune a ses hôtes le laisse.

Ne cherchez point cette déesse.

Elle vous cherchera : son sexe en use ainsi. Certain couple d'amis, en un bourg établi. Possédait quelque bien. L'un soupirait sans cesse Pour la Fortune ; il dit a l'autre un jour :

Si nous quittions notre séjour ?

Vous savez que nul n'est prophète En son pays : cherchons notre aventure ailleurs. Cherchez, dit l'autre ami : pour moi, je ne souhaite

Ni climats ni destins meilleurs.

Contentez-vous ; suivez votre humeur inquiète : Vous reviendrez bientôt. Je fais vœu cepcnijjnt

De dormir en vous attendant.

L eunbilieux, ou, si l'on veut, l'avare.

S'en va par voie et par chemin.

H arriva le lendemain En un lieu que devait la déesse bizarre Fréquenter sur tout autre ; et ce lieu, c'est la cour. La donc, pour quelque temps, il fixe son séjour ; Se irouvemt au coucher, au lever, à ces heures

Que l'on sait être les meilleures ;

Tables de "La Toi^tjiîme

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Bref, se trouvant a tout, et n'arrivant à rien. Qu'est ceci ? se dit-il : cherchons ailleurs du bien. La Fortune pourtant habite ces demeures ; Je )a vois tous les jours entrer chez celui-ci,

Chez celui-là : d'où vient qu'aussi Je ne puis héberger cette capricieuse ? On me l'avait bien dit, que des gens de ce lieu L'on n'aime pas toujours l'humeur ambitieuse. Adieu, messieurs de cour ; messieurs de cour, adieu. Suivez jusques au bout une ombre qui vous flatte. La Fortune a, dit-on, des temples a Surate. Allons la. Ce fut un de dire et s'embarquer. Ames de bronze, humains, celui-là fut sans doute Armé de diamant, qui tenta cette route. Et le premier osa l'abime défier ?

Celui-ci, pendant son voyage.

Tourna les yeux vers son village Plus d une fois, essuyant les dangers Des pirates, des vents, du calme et des rochers. Ministres de la Mort : avec beaucoup de peines On s'en va la chercher en des rives lointaines, La trouvant assez tôt sans quitter la maison. L'homme arrive au Mogol : on lui dit qu'au Japon La Fortune pour lors distribuait ses grâces. 'Il y court. Les mers étaient lasses De le porter ; et tout le fruit Qu il tira de ses longs voyages, Ce fut cette leçon que donnent les sauvages : Demeure en ton pays par la nature instruit. Le Japon ne fut pas plus heureux à cet homme Que le Mogol l'avait ete ; Ce qui lui fit conclure en somme Qu'il avait à grand tort son village quitte.

Il renonce aux courses ingrates, Revient en son pays, voit de loin ses pénates. Pleure de joie, et dit : Heureux qui vit chez soi. De régler ses désirs faisant tout son emploi !

Il ne sait que par ouï-dire Ce que c'est que la cour, la mer et ton empire. Fortune ! qui nous fais passer devant les yeux Des dignités, des biens que jusqu'au bout du monde On suit, sans que l'effet aux promesses réponde. Désormais je ne bouge, et ferai cent fois mieux.

En raisonnant de cette sorte.

Et contre la Fortune ayant pris ce conseil,

Il la trouve assise à la porte De son ami plonge dansun profond sommeil.

F.^BLES DE L-7 T0T^T.!fWE

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Deux coqs vivaient en paix : une poule survint.

Et vjllà la guerre allumée.

Amour, tu perdis Troie ! et c'est de toi que vint

Cette querelle envenimée Où du sang des dieux même on vit le Xanthe teint Longtemps entre nos coqs le combat se maintint. Le bruit s'en répandit par tout le voisinage : La gent qui porte crête au spectacle accourut ;

Plus d'une Hélène au beau plumage Fut le prix du vainqueur. Le vaincu disparut : 11 a 'a se cacher au fond de sa retraite.

Pleura sa gloire et ses amours.

Ses amours qu'un rival, tout fier de sa défaite, Possédait à ses yeux. Il voyait tous les jours Cet objet rallumer sa haine et son courage ; Il aiguisait son bec, battait l'air et ses flancs.

Et s'exerçant contre les vents,

S'armait d'une jalouse rage.

Il n'en eut pas besom. Son vainqueur sur les toits S'alla percher et chanter sa victoire.

Un vautour entendit sa voix :

Adieu les amours et la gloire ; Tout cet orgueil périt sous l'ongle du vautour.

Enfin, par un fatal retour.

Son rival autour de la poule

S'en revint faire le coquet.

Je laisse à penser quel caquet ;

Car il eut des femmes en foule.

La Fortune se plait à faire de ces coups : Tout vainqueur insolent à sa perte travaille. Défions-nous du Sort, et prenons garde à nous

Après le gain d'une bataille.

"Fjibles de La Toi^tjume

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