LE RIEUR ET LES POISSONS
On cherche les rieurs, et moi je les évite
Cet art veut, sur tout autre, un suprême mérite
Dieu ne crca que pour les sots
Les méchants diseurs de bons mots.
J'en vais peut-être en une fable
introduire un; peut-être aussi Que quelqu un trouvera (jue )'aurai réussi.
Un rieur était a la table
D un financier, et n'avait en son coin Que de petits poissons : tous les gros étaient Ion Il prend donc les menus, puis leur parle a I oreille.
Et puis il feint, à la pareille, D (Coûter leur réponse. On demeura surpris :
Cela suspendit les esprits.
L,e rieur alors, d'un ton sage,
Dit qu'il craignait qu'un sien ami.
Pour les grandes Indes parti.
N'eut depuis un an fait naufrage.
Il s'en informait donc ace menu fretin : Mais tous lui repondaient qu'ils n étaient point d'un âge
A savoir au vrai son destin ;
Les gros en sauraient davantage.
N'en puis-je donc, messieurs, un gros interroger ?
De dire si la compagnie
Prit goût a sa plaisanterie.
J'en doute ; mais, enfin, il les sut engager A lui servir d'un monstre assez vieux pour lui dire Tous les noms des chercheurs de mondes inconnus
Qui n'en étaient pas revenus.
Et que depuis cent ans sous l'abime avaient vus
Les anciens du vaste empire.
Tables de La Fomtaime
tlVR-E TiWTJÈME
Deux vrais amis vivaient au Monomotapa ; L'un ne possédait rien qui n'appartint a l'autre
Les amis de ce pays-la
Valent bien, dit-on, ceux du nôtre.
Une nuit que chacun s'occupait au sommeil. Et mettait à profit l'absence du soleil, Un de nos deux amis sort du lit en alarme ; Il court chez son intime, éveille les valets : Morphée avait touché le seuil de ce palais. L'ami couché s'étonne ; il prend sa bourse, il s'arme, Vient trouver l'autre et dit : il vous arrive peu De courir quand on dort ; vous me paraissez homme A mieux user du temps destiné pour le somme : N'auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ? En voici. S'il vous est venu quelque querelle. J'ai mon épée ; allons. — Merci de votre zèle. Vous m'êtes, en dormant, un peu triste apparu ; J'ai craint qu'il ne fut vrai ; je suis vite accouru.
Ce maudit songe en est la cause.
Qui d'eux aimait le mieux ? que t'en semble, lecteur ? Cette difficulté vaut bien qu'on la propose. Qu'un ami véritable est une douce chose ! Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;
Il vous épargne la pudeur
De les lui découvrir vous-même :
Un songe, un rien, tout lui fait peur
Quand il s'agit de ce qu'il aime.
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Tables de Li Tomtaime
Lirj^h TlumÈME
La femme du lion mourut ;
Aussitôt chacun accourut
Pour s'acquitter envers le prince De certains compliments de consolation.
Qui sont surcroit d'affliction.
Il fit avertir sa province
Que les obsèques se feraient Un tel jour, en tel lieu ; ses prévôts y seraient
Pour régler la cérémonie.
Et pour placer la compagnie.
Jugez si chacun s'y trouva.
Le prince aux cris s'abandonna.
Et tout son antre en résonna :
Les lions n'ont point d'autre temple.
On entendit, a son exemple.
Rugir en leur patois messieurs les courtisans. Je définis la cour un pays où les gens. Tristes, gais, prêts a tout, à tout indifférents. Sont ce qu'il plait au prince, ou, s'ils ne peuvent l'être.
Tachent au moins de le paraître.
Peuple caméléon, peuple singe du maitre ; On dirait qu'un esprit anime mille corps : C'est bien là que les gens sont de simples ressorts.
Pour revenir a notre affaire.
Le cerf ne pleura point. Comment eùt-il pu faire ? Cette mort le vengeait : la reine avait jadis
Etranglé sa femme et son fils.
Bref, il ne pleura point. Un flatteur l'alla dire.
Et soutint qu'il l'avait vu rire.
La colère du roi, comme dit Salomon, EUt terrible, et surtout celle du roi lion. Mais ce cerf n'avait pas accoutumé de lire. Le monarque lui dit : Chétif hôte des bois. Tu ris ! tu ne suis pas ces gémissantes voix ! Nous n'appliquerons point sur tes membres profanes