‹ Fables (volume 2)Chapitre 10 sur 193 · LE HÉRON · texte numérisé non relu

LE HÉRON

Un jour , sur ses longs pieds , alloit je ne sais où Le héron au long bec emmanché d'un long cou :

Il côtoyoit une rivière.

L'onde étoit transparente ainsi qu'aux plus beaux jours

Ma commère la carpe y faisoit mille tours

Avec le brochet sou compère.

Le héron eu eût fait aisément sou profit : Tousapprochoientdu bord; L'oiseau u'avoit qu'à prendre

Mais il end mien (aire d'attendre

Qu'il eût uu peu plus d'appétit :

Il vivoit de régime, et mangeoit à ses heures. Après quelques moments l'appétit \int: l'oiseau,

S'approchaut du hord , vit sur l'eau Des tanches qui sortaient du fond de ces demeures. Le mets ne lui plut pas ; il s'attendoil à mieux.

Et montroit uu goût dédaigneux ,

Comme le rat du bon Horace.

Moi, des tanches! dit-il; moi, héron, «pie je fasse Lue si pauvre chère ! Et pour qui me prend-on? La tanche rebutée, il trouva du goujon. Du goujon ! c'est hieu là le dîner d'un héron ! J'ouvrirais pour si peu le bec ! aux dieux ne plaise ! Il l'ouvrit pour bien moins : tout alla de façon

Qu'il ue vit plus aucun poisson.

La faim le prit ; il fut tout heureux et tout aise

De rencontrer un limaçon.

Ne soyons pas si difficiles :

Les plus accommodants , ce sont les plus habiles. On hasarde de perdre eu voulant trop gagner.

Gardez-vous de rien dédaigner, Surtout quand vous avez à peu près votre compte.

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