‹ Fables (volume 2)Chapitre 11 sur 193 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Bien des gens y sont pris. Ce n'est pas aux hérons Que je parle : écoutez, humains, un autre conte; Vous verrez que chez vous j'ai puisé ces leçons.

Certaine fille, un peu trop fière,

Prétendoit trouver un mari Jeune, bien fait, et beau, d'agréable manière, Point froid et point jaloux ; notez ces deux points-ci.

Cette fille vouloit aussi

Qu'il eût du bien, de la naissance, De l'esprit, enfin tout. Mais qui peut tout avoir? Le Destin se montra soigneux de la pourvoir :

Il vint des partis d'importance.

La belle les trouva trop chétifs de mo:tié. Quoi, moi ! quoi, ces gens-là ! l'on radote, je pense. A moi les proposer! hélas ! ils font pitié :

Vovez un peu la belle espèce !

L'un n'avoit en l'esprit nulle délicatesse, L'autre avoit le nez fait de cette façon-là :

C'étoit ceci, c'étoit cela;

C'étoit tout, car les précieuses

Font dessus tout les dédaigneuses.

il FABLES.

Après les bons partis, les médiocres fions

Vinrent se mettre sur les rangs.

Elle de se moquer. Ah ! vraiment je suis bonne De leur ouvrir la porte ! Ils pensent (pie je suis

Fort en peine de nia personne :

Grâce à Dieu, je passe les nuits

Sans chagrin, quoique eu solitude.

La belle se sut gré de tous ces sentiments. L'âge la fit déchoir : adieu tous les amants. Un an se passe, et deux, avec inquiétude : Le chagrin vient ensuite ; elle sent chaque jour Déloger quelques Ris, quelques Jeux, puis l'Amour ;

Puis ses traits choquer et déplaire:

Puis cent sortes de fards. Ses soins ne purent faire Qu'elle échappât au Temps, cet insigne larron.

Les ruines d'une maison Se peuvent réparer : que n'est cet avantage

Pour les ruines du visage !

Sa préciosité changea lors de langage.

Sou miroir lui disoit : Prenez vite un mari ; Je ne sais quel désir le lui disoit aussi : Le désir peut loger chez une précieuse. Celle-ci fit un choix qu'on n'auroil jamais cru, Se trouvant à la fin tout aise et tout heureuse

De rencontrer un malotru.

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