‹ Fables (volume 2)Chapitre 104 sur 193 · LIVRE X. ISS · texte numérisé non relu

LIVRE X. ISS

Dans le choix d'un dépositaire ; Car il en vouloit uu; et voici sa raison: L'objet tente; il faudra que ce monceau s'altère

Si je le laisse à la maison :

Moi-même de mon bien je serai le larron. — Le larron! Quoi! jouir, c'est se voler soi-même ? Mou ami, j'ai pitié de ton erreur extrême.

Apprends de moi cette leçon :

Le bien n'est bien qu'en tant que l'on s'en peut défaire, Sans cela c'est un mal. Yeux-tu le réserver Pour un âge et des temps qui n'en ont plus que faire ? La peiue d'acquérir, le soin de conserver, Oteut le prix à l'or, tju'on croit si nécessaire. —

Pour se décharger d'un tel soin, Notre homme eût put trouver des gens sûrs au besoin: Il aima mieux la terre ; et, prenant son compère, Celui-ci l'aide. Ils vout enfouir le trésor. Au bout de quelque temps l'homme va voir sou or :

11 ne retrouva que le gîte.

Soupçonnant ù bon droit le compère, il va vite Lui dire : Apprêtez-vous; car il me reste encor Quelques deniers :je veux lesjoiudre à l'autre masse. Le compère aussitôt va remettre en sa place

L'argent volé ; prétendant bien Tout reprendre à la fois, sans qu'il y manquât rien.

Mais, pour ce coup, l'autre fut sage : Il retint tout chez lui, résolut de jouir,

Plus n'entasser, plus n'enfouir;

KiO FABLES.

Et le pauvre voleur, ne trouvant plus son gage, Pensa tomber de .sa hauteur.

Il n'est pas malaisé de tromper un trompeur.

FABLE VI

m: loup f.t les bergers.

Un loup rempli d'humanité

(S'il en est de tels dans le monde)

Fit un jour sur sa cruauté, Quoiqu'il ne l'exerçât que par nécessité,

Une réflexion profonde.

Je suis haï. dit-il; et de qui? de chacun.

Le loup est l'ennemi commun :

Chiens, chasseurs, villageois, s'assemblent pour sa perle ; Jupiter est là-haut étourdi de leurs cris : C'est par là rpie de loups l'Angleterre est déserte1,

1 Edgard, roi d'Angleterre, qui régnoit vers le milieu du dixième siècle, fit faire tous les ans'de grandes chasses pour la destruction des loups, et convertit le 1 1 1 1 > u t en argent, que son prédécesseur Athelstan avoit imposé aux souverains de la principauté de Galles, en un tribut annuel de trois cents têtes de loups. Par ces moyens, Edgard détruisit les loups dans toute l'Angleterre. (Voyez Hurne's Hist. of England. ci) n. (W.)

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