‹ Fables (volume 2)Chapitre 108 sur 193 · LE CHIEN A OUI ON A COUPL LES OREILLLS · texte numérisé non relu

LE CHIEN A OUI ON A COUPL LES OREILLLS

Qu'ai-je fait pour me voir ainsi

Mutilé par mon propre maître?

Le bel état où me voici !

Devant les autres chiens oserai-je paroître? O rois des animaux, ou plutôt leurs tyrans,

Qui vous feroit choses pareilles!

Ainsi crioit Mouflar1, jeune dogue; et les gens, Peu touchés de ses cris douloureux et perçants, Venoîent de lui couper sans pitié les oreilles. Mojflar y crovoit perdre. Il vit avec le temps Qu'il y gaguoit beaucoup : car, étant de nature

1 Corps à grosse tête, du mot mufle.

166 F Ali F, F. S.

A piller ses pareils, mainte mésaventure

L'auroit fait retourner chez lui Avec cette partie en cent lieux altérée : Chien bargneux a toujours l'oreille déchirée,

Le moins qu'on peut laisser de prise aux dents d' autrui. C'est le mieux. Quand on n'a qu'un endroit à défendre

Ou le munit, de peur d'esclandre.

Témoin maître Mouflar armé d'un gorgerin1 ; Du reste ayant d'oreille autant que sur ma main.

Un loup n'eût su par où le prendre,

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le berger et le roi.

Deux démons à leur gré partagent notre vie, Et de son patrimoine out chassé la raison; Je ne vois point de cœur qui ne leur sacrifie : Si vous me demandez leur état et leur nom, J'appelle l'un, Amour; et l'autre, Ambition. Cette dernière étend le plus loin sou empire;

Car même elle entre dans l'amour.

Je le ferois bien voir; mais mon but est de dire

1 D'un collier.

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