‹ Fables (volume 2)Chapitre 111 sur 193 · LES DEUX PERROQUET-, LE ROI, ET SON FILS · texte numérisé non relu

LES DEUX PERROQUET-, LE ROI, ET SON FILS

Deux perroquets, l'un père et l'autre fils, Du rôt d'un roi faisoient leur ordiuaire ; Deux demi-dieux, l'un fils et l'autre père, De ces oiseaux faisoient leurs favoris.

L'âge lioit une amitié sincère Entre ces gens : les deux pères s'aimoieut; Les deux enfants, malgré leur cœur frivole, L'un avec l'autre aussi s'accoutumoient, Nourris ensemble, et compagnons d'école.

C'étoit beaucoup d'bonueur au jeune perroquet; Car l'enfant étoit prince, et son père monarque. Par le tempérament que lui donna la Parque, Il aimoil les oiseaux. Lu moineau fort coquet, Et le plus amoureux de toute la province, Faisoit aussi sa part des délices du prince. Ce* deux rivaux un jour ensemble se jouants, Comme il arrive a.ix jeuues gens, Le jeu devint une querelle.

Le passereau, peu circonspec1,

1 Vah. Circonspect dans toutes les éditions ; mais La Fontaine a rctrancli • le t, et il a écrit, dans l'édition de 1079. circonspec, pour la rime, et par licence poétique.

S'attira de tels coups de bec, Que, demi-mort et traînant L'aile, On crut qu'il n'eu pourroit guérir.

Le prince indigné Ht mourir Son perroquet. Le bruit en vint au père. L'infortuné vieillard crie et se désespère, Le tout en vain, ses cris sont superflus ; L'oiseau parleur est déjà dans la barque : Pour dire mieux, l'oiseau ne parlant plus Fait qu'en fureur sur le (ils du monarque Sou père s'en va fondre, et lui crève les veux. Il se sauve aussitôt, et choisit pour asile

Le liant d'un pin : là, dans le sein des dieux, Il goûte sa vengeance en lieu sûr et tranquille. Le roi lui-même y court, et dit pour l'attirer : Ami, reviens chez moi; que nous sert de pleurer? Haine, vengeance, et deuil, laissons tout à la porte. Je suis contraint de déclarer, Encor que ma douleur soit forte, Que le tort vient de nous; mon fils fut l'agresseur : Mon fils ! non ; c'est le Sort qui du coup est l'auteur. La Parque avoit écrit de tout temps eu sou livre Que l'un de nos enfants de voit cesser de vivre,

L'autre de voir, par ce malheur.

Consolons-nous tous deux, et reviens dans ta cage. Le perroquet dit : Sire roi, Crois-tu qu'après un tel outrage Je me doive fier à toi?

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Tu m'allègues le Sort : prétends-tu , par ta foi , Me leurrer de l'appât d'un profane langage? Mais que la Providence , ou bien que le Destin

Règle les affaires du monde , Il est écrit là-haut qu'au faite de ce piu ,

Ou dans quelque foret profonde, J'achèverai mes jours loin du fatal objet

Qui doit t'étre un juste sujet De haine et de fureur. Je sais que la vengeance Est un morceau de roi ; car vous vivez eu dieux.

Tu veux oublier cette offense ; Je le crois : cependant il me faut, pour le mieux ,

Eviter ta main et tes yeux.

Sire roi, mou ami, va-t'en ; tu perds ta peine :

>*e me parle point de retour ; L'absence est aussi bien un remède à la haine

Qu'un appareil contre l'amour.

FABLE XIII

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