‹ Fables (volume 2)Chapitre 112 sur 193 · L.V LIONNE ET l'oURSE · texte numérisé non relu

L.V LIONNE ET l'oURSE

Mère lionne avoit perdu sou faon:

Un chasseur l' avoit pris. La pauvre infortunée

Poussoit un tel rugissement Que toute la foret étoit importunée.

La nuit ni sou obscurité ,

Son silence, et ses autres charmes, De la reine des bois n'arrêtoient les vacarmes: Nul animal u'étoit du sommeil visité.

L'ourse enfin lui dit : Ma commère,

Un mot sans plus; tous les enfants

Qui sont passés entre vos dents

N'avoient-ils ni père ni mère? —

Ils en avoieut. — S'il est ainsi , Et qu'aucun de leur mort n'ait nos têtes rompues,

Si tant de mères se sont tues,

Que ne vous taisez-vous aussi? —

Moi , me taire ! moi malheureuse !

Ah ! j'ai perdu mon fils ! il me faudra traîner

Une vieillesse douloureuse ! — Dites-moi , qui vous force à vous v coudammer? — Hélas! c'est le Destin qui me hait. — Ces paroles Ont été de tout temps eu la bouche de tous.

Misérables humains, ceci s'adresse à vous : Je n'entends résonner cpie des plaintes frivoles. Quiconque , en pareil cas , se croit haï des cieux , Qu'il considère Hécube ', il rendra ftrace aux dieux.

' Celle reine, après avoir vu périr sous ses yeux Priam son mari, et la plus grande partie de ses enfants , sa ville et son royaume, fut réduite en esclavage.

Page 1