L.V LIONNE ET l'oURSE
Mère lionne avoit perdu sou faon:
Un chasseur l' avoit pris. La pauvre infortunée
Poussoit un tel rugissement Que toute la foret étoit importunée.
La nuit ni sou obscurité ,
Son silence, et ses autres charmes, De la reine des bois n'arrêtoient les vacarmes: Nul animal u'étoit du sommeil visité.
L'ourse enfin lui dit : Ma commère,
Un mot sans plus; tous les enfants
Qui sont passés entre vos dents
N'avoient-ils ni père ni mère? —
Ils en avoieut. — S'il est ainsi , Et qu'aucun de leur mort n'ait nos têtes rompues,
Si tant de mères se sont tues,
Que ne vous taisez-vous aussi? —
Moi , me taire ! moi malheureuse !
Ah ! j'ai perdu mon fils ! il me faudra traîner
Une vieillesse douloureuse ! — Dites-moi , qui vous force à vous v coudammer? — Hélas! c'est le Destin qui me hait. — Ces paroles Ont été de tout temps eu la bouche de tous.
Misérables humains, ceci s'adresse à vous : Je n'entends résonner cpie des plaintes frivoles. Quiconque , en pareil cas , se croit haï des cieux , Qu'il considère Hécube ', il rendra ftrace aux dieux.
' Celle reine, après avoir vu périr sous ses yeux Priam son mari, et la plus grande partie de ses enfants , sa ville et son royaume, fut réduite en esclavage.