LIVRE X
Un trafiquant, un noble, un pâtre, un fils de roi, Réduits au sort de Bélisaire ',
Demandoient aux passants de quoi
Pouvoir soulager leur misère.
De raconter quel sort les avnit assemblés, Quoique sous divers points tous quatre ils fussent nés,
C'est un récit de longue baleine.
Ils s'assirent enfiu au bord d'une fontaine : Lu, le conseil se tint entre les pauvres gens. Le prince s'étendit sur le malbeur des grands. Le pâtre fut d'avis qu'éloignant la pensée
De leur aventure passée, Chacun fît de son mieux, et s'appliquât au soin
De pourvoir au commun besoin.
1 Bélisaire étoit un grand capitaine, qui, ayant commandé les armées de l 'empereur et perdu les bonnes grâces de son maître, tomba dans un tel point de misère qu'il demandoit l'aumône sur les grands chemins*.
(Xote de La Fontaine.)
Tous les arls semblent avoir conspiré contre ["histoire en coma rrani le récit touchant, mais romanesque, des dernières milles de Bélisaire. devenu aTeogle et demandant l'aumône ; il n'tn est pas moins prouvé que ce récit est entièrement faux, et qu"il a été inventé longtemps après la mort de ce grjnd homme. Les faits rap portés par les historiens les plus voisins de son temps y sont con (raires ; le poète Tzetzès, an douzième siècle, est le plut ancien auteur qui en fasse mention ; et lui-même le contredit dans un aune passage de son insipide poème. Consultez, à ce sujet, Gibbon's Eut of the dccl. and fait of the Rom. Emper., ch. xlui, t. VII, p. 408 édit. 17U7, iu-8»,Londûn. \V.
La plainte, ajoata-t-il, guérit-elle sou homme ? Travaillons: c'est rie quoi nous mener jusqu'à Rome. Un pâtre ainsi parler? Ainsi parler? croit-on Que le ciel n'ait donné qu'aux têtes couronnées
De l'esprit et de la raison :
Et que de tout berger, comme de tout mouton.
Les connoissances soient bornées ?
L'avis de celui-ci fut d'abord trouvé bon Par les trois échoués aux bords de l'Amérique. L'un, c'étoit le marchand, savoit l'arithmétique? A tant par mois, dit-il, j'en donnerai leçon.
J'enseignerai la politique, Reprit le fils de roi. Le noble poursuivit : Moi, je sais le blason; j'en veux tenir école. Comme si, devers l'Inde, on eut eu dans l'esprit La sotte vanité de ce jargon frivole ! Le pâtre dit : Amis, vous parlez bien; mais quoi ! Le mois a trente jours; jusqu'à cette échéance
Jeùnerons-nous, par votre foi ?
Vous me donnez une espérance Belle, mais éloignée : et cependant j'ai faim. Qui pourvoira de nous au dîner de demain?
Ou plutôt sur quelle assurance Fondez-vous, dites-moi, le souper d'aujourd'hui ?
Avant tout aulre, c'est celui
Dont il s'agit. Votre science Est courte là-dessus; ma main y suppléera.
A ces mots le pâtre s'en va