LIVRE XI
Seigneur, j'admire en vous des qualités pareilles. Ces ânes, non contents de s'être ainsi grattés,
S'en allèrent dans les cités L'un l'autre se prôner : chacun d'eux croyoit faire, En prisant ses pareils, une fort bonne affaire, Prétendant que l'honneur eu reviendroit sur lui,
J'en connois beaucoup aujourd'hui, Non parmi les baudets, mais parmi les puissances, Que le ciel voulut mettre eu de plus hauts degrés, Qui changeroieut entre eux les simples excellences,
S'ils osoieut, en des majestés.
J'en dis peut-être plus qu'il ne faut, et suppose Que votre majesté gardera le secret.
Elle avoit souhaité d'apprendre quelque trait
Qui lui fît voir, entre autre chose, L'amour-propre donnant du ridicule aux gens. L'injuste aura sou tour : il y faut plus de temps. Ainsi parla ce singe. On ne m'a pas su dire S'il traita l'autre point, car il est délicat; Et notre maître es arts, qui n'étoit pas un fat1, llegardoit ce lion comme un terrible sire.
1 Un insensé, un homme sans jugement. C'est le fatum des Latins. Ce mot ne se prend plus guère dans ce sens.
- - ' -^'AnAV/.w.i
TABLE VI
LE LOUP ET LE lUNARI).
Mais d'où vient qu'au renard Ésope accorde on point,
C'est d'exceller en tours pleins de matoiserie? J'en cherche la raison, et ne la trouve point. Quand le loup a besoin de défendre sa vie.
Ou d'attaquer celle d'autrui,
N'en sait-il pas autant que lui?
Je crois qu'il eu sait plus ; et j'oserois peut-être Avec quelque raison contredire mon maître. Voici pourtant un cas où tout L'honneur échut A l'hôte des terriers. Un soir il aperçut La lune au fond d'un puits : l'orhiculaire iinajje
Lui parut un ample fromage.
Deux seaux alternativement
Puisoient le Liquide élément :
Notre renard, pressé par une faim canine, S'accommode en celui qu'au haut de la machine
L'autre seau tenoit suspendu.
Voilà l'animal descendu,
Tiré d'erreur, mais fort eu peine.
Et voyant sa perte prochaine :