LF VIEUX CHAT ET LA JEUNE SOURIS
L'ne jeune souris, de peu d'expérience,
Crut fléchir un vieux chat, implorant sa clémence.
Et pavant de raisons le Raminagrobis.
Laissez-moi vivre : une souris
De ma taille et de ma dépense
Est-elle à charge en ce logis ?
Affamerois-je, à votre avis,
L'hôte, l'hôtesse, et tout leur monde?
D'un grain de blé je me nourris :
L'ne noix me rend toute ronde.
A présent je suis maigre ; attendez quelque temps : Réservez ce repas à messieurs vos enfants. Ainsi parloit au chat la souris attrapée.
L'autre lui dit : Tu t'es trompée :
Est-ce à moi que l'on tient de semblables discours? Tu gagnerois autant de parler à des sourds. Chat et vieux, pardonner! cela n'arrive guères.
Selon ce» Lois, descends là-bas, Meurs, et va-t'en, tout de ce pas, Haranguer les sœurs filandières :
Mes enfants trouveront assez d'autres repas.
Il tint parole. Et pour ma fable, Voici le sens moral qui peut v convenir :
La jeuuesse se flatte, et croit tout obtenir : La vieillesse est impitoyable.
FABLE VI
LE CRRF MALADE.
En pays plein de cerfs un cerf tomba malade. Incontinent maint camarade
Accourt à son {jrabat le voir, le secourir,
Le consoler du moins : multitude importune. Eli! messieurs, laissez-moi mourir :
Permettez qu'en forme commune
La Parque m'expédie, et finissez vos pleurs. Point du tout : les consolateurs
De ce triste devoir tout au long s'acquittèrent, Quand il plut à Dieu s'en allèrent :
Ce ne fut pas sans boire un coup,
C'est-à-dire sans prendre un droit de pâturage.
Tout se mit à brouter les bois du voisinage.