‹ Fables (volume 2)Chapitre 148 sur 193 · LA CHAUVE-SOURIS LE BUISSON, ET LE CANARD · texte numérisé non relu

LA CHAUVE-SOURIS LE BUISSON, ET LE CANARD

Le buisson, le canard, et la chauve-souris,

Voyant tous trois qu'en leur pays

Ils faisoieut petite fortune , Vont trafiquer au loin, et font bourse commune. Ils avoieut des comptoirs, des facteurs, des agents

Non moins soigneux qu'intelligents , Des registres exacts de mise et de recette.

Tout alloit bien; quand leur emplette,

Lu passant par certains endroits

Remplis d'écueils et fort étroits,

1 Phrase proverbiale, pour dire : Il n'eut plus rien a manger.

Et de trajet très-difficile , Alla tout emballée au fond des magasins

Qui du Tartare sont voisins.

.Notre trio poussa maint regret inutile ,

On plutôt il n'eu poussa point:

Le plus petit marchand est savant sur ce point: Pour sauver son crédit, il faut cacher sa perte. Celle que, par malheur, nos gens avoient soufferte , Ne put se réparer : le cas fut découvert. Les voilà sans crédit, sans argent, sans ressource,

Prêts à porter le bonnet vert1.

Aucun ne leur ouvrit sa bourse.

Et le sort principal, et les gros intérêts,

Et les sergents, et les procès.

Et le créancier à la porte

1 C'est-à-dire prêts à se laisser revêtir du bonnet vci t pour éviter la prison. Boileau a dit :

Ou que d'un bonnet vert le salutaire affront Flétrisse les lauriers qui lui couvrent le frout.

Satire i, vers 15.

Sur quoi Boileau a lui-même fait cette remarque : « Du - temps que cette satire fut faite, un débiteur insolvable « pou voit sortir de prison en faisant cession, c'est-à-dire « en souffrant qu'on lui mît en pleine rue un bonnet vert • sur le front. » Cette coutume, si peu conforme à nos mœurs , d'échapper au châtiment par la honte , nous étoit venue d'Italie dans le seizième siècle. (Voyez Pasquier, Recherches, liv. IV, ch. x.) (W.)

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