LIVRE XI
FABLE XV
LE corbeau, la gazelle, la tortue, et lf. rat. A MADAME DE LA SABLIÈRE.
Je vous gardois an temple dans mes vers :
Il n'eût fini qu'avecque l'univers.
Déjà ma main eu foudoit la durée
Sur ce bel art qu'ont les dieux inventé,
Et sur le nom de la divinité
Que dans ce temple on auroit adorée.
Sur le portail j'aurois ces mots écrits :
Palais sacré de la déesse Iris :
Non celle-là qu'a Junon à ses gages;
Car Junon même et le maître des dieux
Serviroieut l'autre, et seroient glorieux
Du seul honneur de porter ses messages.
L'apothéose à la voûte eût paru :
Là, tout l'Olympe en pompe eût élé vu
Plaçant Iris sous un dais de lumière.
Les murs auroient amplement contenu
Tonte sa vie; agréable matière,
Mais peu féconde en ces événements
Qui des États font les renversements.
Au fond du temple eût été son image, Avec ses traits, son souris, ses appas, Son art de plaire et de n'y penser pas, Ses agréments ;'i qui tout rend hommage. J'aurois fait voir à ses pieds des mortels, Et des héros, des demi-dieux encore, Même des dieux1 : ce que le monde adore Vient quelquefois parfumer ses autels.
J'eusse en ses veux fait briller de son aine Tous les trésors, quoique imparfaitement : Car ce cœur vif et tendre infiniment Pour ses amis, et non point autrement; Car cet esprit, qui, né du firmament, A beauté d'homme avec grâce de femme.
Ne se peut pas, comme on veut, exprimer. 0 vous, Iris, qui savez tout charmer, Qui savez plaire en un degré suprême.
Vous que l'on aime à l'égal de soi-même (Ceci soit dit sans nul soupçon d'amour. Car c'est un mot banni de votre cour, Laissons-le donc), agréez que ma muse Achève un jour cette ébauche confuse.
J'en ai placé l'idée et le projet, Pour plus de grâce, au-devant d'un sujet
1 Entre autres Jean Sobieski, qui depuis fut roi de Pologne, et qui fit une cour assidue à madame de La Sablière.