LIVRE XII
Où l'amitié donne de telles marques.
Et d'un tel prix, que leur simple récit Peut quelque temps amuser votre esprit.
Mou que ceci se passe entre monarques : Ce que chez vous nous voyous estimer Vest pas uu roi qui ue sait point aimer : C'est un mortel qui sait mettre sa vie Pour sou ami. J'en vois peu de si bous. Quatre animaux, vivant de compagnie, Vont aux humains en donner des leçons.
La gazelle, le rat, le corbeau, la tortue, Vivoient ensemble unis : douce société.
Le choix d'une demeure aux humains inconnue
Assuroit leur félicité.
Mais quoi ! l'homme découvre enfin toutes retraites.
Soyez au milieu des déserts,
Au foud des eaux, au haut des airs, Vous a' éviterez point ses embûches secrètes. La gazelle s'alloit ébattre innocemment,
Quand un chien, maudit instrument
Du plaisir barbare des hommes, Vint sur l'herbe éveuter les traces de ses pas.
Elle fuit. Et le rat, à l'heure du repas, Dit aux amis restants : D'où vient que nous ne sommes
Aujourd'hui <jue trois couviés?
La gazelle déjà nous a-t-elle oubliés?
A ces paroles, la tortue
S'écrie, el dil : Ah ! si j'étois Comme an corbeau d'ailes pourvue,
Tout de ce pas je m'en irois
Apprendre au moins quelle contrée,
Cjuel accident tient arrêtée
Notre compagne au pied léger :
Car, à l'égard du cœur, il en faut mieux juger.
Le corbeau part à tire-d'aile :
Il aperçoit de loin l'imprudente gazelle
Prise au piéjje et se tourmentant.
Il retourue avertir les autres à l'instant; Car, de lui demander quand, pourquoi, ni comment
Ce malheur est tombé sur elle, Et perdre en vains discours cei utile moment,
Comme eût fait un maître d'école1,
Il avoit trop déjugeaient.
Le corbeau doue vole et revole.
Sur son rapport les trois amis
Tiennent conseil. Deux sont d'a\ is
De se transporter sans remise
Aux lieux où la gazelle est prise.
L'autre, dit le corbeau, gardera le logis : Avec son marcher lent, quand arriveroit-elle ?
Après la mort de la gazelle.
Ces mots à peine dits, ils s'en vont secourir
1 Voyez la fable xix du livre premier, et la fable V du livre IX.