‹ Fables (volume 2)Chapitre 183 sur 193 · PHILÉMON ET B AD CI S · texte numérisé non relu

PHILÉMON ET B AD CI S

De pilastres massifs les cloisons revêtues Eu moius de deux instants s'élèvent jusqu'aux nues; Le chaume devieul or, tout brille eu ce pourpris '. Tous ces événements sont peints sur Le lambris. Loin, bieu loiu les tableaux de Zeuxis i t d'Apelle ! Ceux-ci furent traces d'une main immortelle. Âos deux époux, surpris, étonnés, confondus, Se crurent, par miracle, en l'Olympe rendus. Vous comblez, direut-ils, vos moindres créatures : Aurious-uous bieu le cœur et les maius assez pures Pour présider ici sur les honneurs divins, Et prêtres, vous offrir les vœux des pèlerins? Jupiter exauça leur prière innocente.

Hélas! dit Philémon, si votre maiu puissante Vouloit favoriser jusqu'au bout deux mortels, Ensemble nous mourrions en servant \os autels. Clothon feroit d'un coup ce double sacrifice; D'autres maius uous reudroieut uu vain et triste office; Je ue pleurerois poiut celle-ci, ui ses yeux Ac troubleroient non plus de leurs larmes ces lieux. Jupiter à ce vœu fut eucor favorable.

Mais oserai-je dire uu fait presque incroyable? Uu jour qu'assis tous deux dans le sacré parvis Ils conloient cette histoire aux pèlerins ravis, La troupe à l'eutour d'eux debout prétoit l'oreille ;

1 Enceinte. Pourpris a vieilli poux la pros.-, mais les poètes l'ont avec raison conservé.

PHILËMON ET BAUGIS. 291

Philémou leur disoit: Ce lieu plein de merveille

N'a pas toujours servi de temple aux immortels:

Un bourg étoit autour, enuemi des autels,

Gens barbares, gens durs, babitacle 1 d'impies :

Du céleste courroux tous furent les hosties*.

Il ne resta que nous d'un si triste débris :

Vous en verrez tantôt la suite en nos lambris ;

Jupiter l'y peignit. Eu contant ces annales,

Philémou regardoit Baucis par intervalles;

Elle devenoit arbre, et lui teudoit les bras;

Il veut lui tendre aussi les siens, et ne peut pa^.

Il veut parler, l'écorce a sa langue pressée.

L'un et l'autre se dit adieu de la pensée:

Le corps n'est tantôt plus que feuillage et que bois.

D'étouuement la troupe, ainsi qu'eux, perd la \oix.

Même instant, même sort à leur fin les entraîne;

Baucis devient tilleul , Pbilémon devient chêne.

On les va voir encore, afin de mériter

Les douceurs qu'en hymen Amour leur fit goûter.

Ils courbent sous le poids des offrandes sans nombre.

Pour peu que des époux séjournent sous leur ombre,

Ils s'aiment jusqu'au bout, malgré l'effort, des ans.

Ah! si Mais autre part j'ai porté mes présents3.

1 Habitation. — 2 Les victimes.

3 La pensée de La Fontaine se reporte ici vers sa femme avec laquelle il ne vivoit pas bien; il regrette d'une manière touchante de ne pouvoir goûter les douceurs d'une union conjugale bien assortie.

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