PHILEMON KT B AU CI S
Prêts enfin à quitter nu séjour si profane, Ils virent à l'écart une étroite cabane, Demeure hospitalière, humble et cbaste maison. Mercure frappe : on ouvre. Aussitôt Philémon Vient au-devant des dieux, et leur tient ce langage : Vous me semblez tous deux fatigués du voyage, Reposez-vous. Usez du peu que nous avons; L'aide des dieux a fait que nous le conservons : Usez-en. Saluez ces pénates d'argile :
Jamais le ciel ne fut aux humains si facile, Que quand Jupiter même étoit de simple bois; Depuis qu'on l'a fait d'or, il est sourd à nos voix. Baucis, ne tardez point : faites tiédir cette onde : Eucor que le pouvoir au désir ne réponde, Nos botes agréeront les soins qui leur sont dus.
Quelques restes de feu sous la cendre épandus D'un souffle haletant par Baucis s'allumèrent : Des branches de bois sec aussitôt s'enflammèrent. L'onde tiède, on lava les pieds des voyageurs. Philémon les pria d'excuser ces longueurs : Et pour tromper l'ennui d'une attente importune, Il entretint les dieux non point sur la fortune, Sur ses jeux, sur la pompe et la grandeur des rois; Mais sur ce que les champs, les vergers et les bois Ont de plus innocent, de plus doux, de plus rare. Cependant par Baucis le festin se prépare. La table où l'on servit le champêtre repas
■2HK PHILÉHON ET BADCIS.
Fui d'ais non façonnés à L'aide dn compas :
Encore assure-t-on, .si l'histoire eu est crue,
Qu'eu uu de ses supports le temps l'as oit rompue.
Baucis en égala les appuis chancelants
Du débris d'un vieux vase, autre injure des aus.
Un tapis tout n^c couvrit deux escabelles :
Il ne servoit pourtant qu'aux fêtes solennelles.
Le linge orné de fleurs fut couvert, pour tout mets,
D'un peu de lait, de fruits, et des dons de Gérés.
Les divins voyageurs, altérés de leur course, Méloieut au vin grossier le cristal d'une source. Plus le vase versoit, moins il s'alloit vidant. Philémou reconnut ce miracle évident; Baucis n'eu fit pas moins : tous deux s'agenouillèrent ; A ce signe d'abord leurs yeux se dessillèrent. Jupiter leur parut avec ces uoirs sourcils Qui font trembler les cieux sur leurs pôles assis. Grand dieu, dit Pbilénion, excusez notre faute : Quels humains auroient cru recevoir un tel bote? Ces mets, nous l'avouons, sont peu délicieux : Mais, quand nous serions rois, que donnera des dieux ? C'est le cœur qui fait tout : (pie la terre et que l'onde Apprêtent un repas pour les maîtres du monde; Ils lui préféreront les seuls présents du cœur. Baucis sort à ces mots pour réparer l'erreur. Daus le verger couroit une perdrix privée, Et par de tendres soins dès l'enfance élevée;
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Elle en vent faire un mets, et la poursuit en vain : La volatille échappe à sa tremblante main ; Entre les pieds des dieux elle cherche un asile. Ce recours à l'oiseau ne fut pas inutile : Jupiter intercède. Et déjà les vallons Vovoient l'ombre en croissant tomber du haut des monts.
Les dieux sortent enfin, et font sortir leurs hôtes. De ce bourg, dit Jupin, je veux punir les fautes : Suivez-nous. Toi, Mercure, appelle les vapeurs. O gens durs ! vous n'ouvrez vos logis ni vos cœurs ! 11 dit : et les autans troublent déjà la plaine. >."os deux époux suivoieut, ne marchant qu'avec peine. Un appui de roseau soulageoit leurs vieux ans : Moitié secours des dieux, moitié peur, se hâtants. Sur un mont assez proche enfin ils arrivèrent. A leurs pieds aussitôt cent nuages crevèrent. Des ministres du dieu les escadrons flottants Entraînèrent, sans choix, animaux, habitants, Arbres, maisons, vergers, toute cette demeure; Sans vestiges du bourg, tout disparut sur l'heure. Les vieillards déploroient ces sévères destins. Les animaux périr! car encor les humains. Tous avoient dû tomber sous les célestes armes : Rancis en répandit en secret quelques larmes.
Cependant l'humble toit devient temple, et ses murs
Changent leur frêle enduit aux marbres les plus durs.