‹ Fables (volume 2)Chapitre 19 sur 193 · LF. CURE ET LE MORT · texte numérisé non relu

LF. CURE ET LE MORT

Un mort s'en alloit tristement

S'emparer de son dernier gîte ;

Un cnré s'en alloit gaiement

Enterrer ce mort au plus vite.

Notre défunt étoit en carrosse porté ,

Bien et dûment empaqueté , Et vêtu d'une robe, hélas! qu'on nomme bière.

Robe d'hiver, robe d'été,

Que les morts ne dépouillent guère.

Le pasteur étoit à côté,

Et récitoit, à l'ordinaire,

Maintes dévotes oraisons ,

Et des psaumes et des leçons,

Et des versets et des répons :

Monsieur le mort, laissez-nous faire, On vous en donnera de toutes les façons ;

Il ne s'agit que du salaire.

Messire Jean Chouart couvait des yeux son mort . Comme si l'on eut dû lui ravir ce trésor;

Et des regards sembloit lui dire :

Monsieur le mort, j'aurai de vous

Tant en argent , et tant en cire ,

Et tant en autres menus coûts.

Il fondoit là-dessus l'achat d'une feuillette

Du meilleur vin des environs :

Certaine nièce assez proprette

Et sa chambrière Pâquette

Dévoient avoir des cotillons.

Sur cette agréable pensée

Un heurt survient : adieu le char,

Voilà messire Jean Chouart Qui du choc de son mort a la tête cassée. Le paroissien en plomb entraîne son pasteur

Notre curé suit son seigneur ;

Tous deux s'en vont de compagnie.

Proprement toute notre vie Est le curé Chouart qui sur son mort comptoit , Et la fable du Pot au lait.

FABLE XII

l'homme oui court après la fortune , et l'homme oui l'attend dans son lit.

Qui ne court après la Fortune?

Je voudrais être en lieu d'où je puisse aisément

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