‹ Fables (volume 2)Chapitre 20 sur 193 · LIVRE VIT · texte numérisé non relu

LIVRE VIT

Contempler la foule importune

De ceux qui chercheut vainement Cette fille du Sort de royaume en royaume, Fidèles courtisans d'un volage fantôme.

Quand ils sont près du bon moment, L'inconstante aussitôt à leurs désirs échappe. Pauvres gen. ! je les plains ; car on a pour les fous

Plus de pitié que de courroux.

Cet homme, disent-ils, étoit planteur de choux ,

Et le voilà devenu pape !

Ne le valons-nous pas? Vous valez cent fois mieux :

Mais que vous sert votre mérite?

La Fortune a-t-elle des veux?

Et puis la papauté vaut-elle ce qu'on quitte, Le repos? le repos, trésor si précieux Qu'on en faisoit jadis le partage des dieux! Rarement la Fortune à ses hôtes le laisse.

Ne cherchez point cette déesse, Elle vous cherchera : son sexe en use ainsi.

Certain couple d'amis, eu un bourg établi, Possédoit quelque bien. L'un soupiroit sans cesse Pour la Forluue ; il dit à l'autre un jour :

Si nous quittions notre séjour?

Vous savez que nul u'est prophète Eu son pavs : cherchons notre aventure ailleurs. Cherchez, dit l'autre ami : pour moi, je ne soubaite

Ni climats ni destins meilleurs.

Contentez-vous, suivez votre humeur inqu ièt f ; Vous reviendrez bientôt. Je fois vœu cependanl De dormir en \ ous attendant.

L'ambitieux, ou, si l'on veut, L'avare,

S'en va par voie et par chemin.

Il arriva le lendemain En un lieu que devoit la déesse bizarre Fréquenter sur tout autre ; et ce lieu, c'est la cour. Là donc pour quelque temps il fixe son séjour. Se trouvant au coucher, au lever, à ces heures

Que l'on sait être les meilleures ; Bref se trouvant à tout, et n'arrivant ù rien. Qu'est-ce ci? se dit-il, cherchons ailleurs du bien. La Fortune pourtant habite ces demeures; Je la vois tous les jours entrer chez celui-ci.

Chez celui-là : d'où vient qu'aussi Je ne puis héberger cette capricieuse?

On me l'avoit bien dit, que des gens en ce lieu L'on n'aime pas toujours l'humeur ambitieuse. Adieu, messieurs de cour, messieurs de cour, adieu ; Suivez jusques au bout une ombre qui vous flatte. La Fortune a, dit-on, des temples à Surate : Allons là. Ce fut un de dire et s'embarquer. Ames de bronze, humains, celui-là fut sans doute Armé de diamant, qui tenta cette route, Et le premier osa l'abîme défier.

Celui-ci, pendant son voyage

Tourna les yeux vers son village

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