‹ Fables (volume 2)Chapitre 25 sur 193 · LES DEVINERESSES · texte numérisé non relu

LES DEVINERESSES

C'est souvent du hasard que naît l'opiuiou, Et c'est l'opinion qui fait toujours la vogue.

Je pourrois fonder ce prologue Sur gens de tous états : tout est prévention, Cabale, entêtement, point ou peu de justice. C'est un torrent : qu'y faire ? Il faut qu'il ait son cours;

Cela fut, et sera toujours.

it. 3

Une femme, à Paris, faisoit la python isse : On l'alloit consulter sur charjin- événement; Perdoit-on un chiffon, avoit-on un amant, Un mari vivant trop au gré de son épouse, Une mère fâcheuse, une femme jalouse ;

Chez la devineuse * on connut Pour se faire annoncer ce que l'on desiroit.

Son fait cousistoit en adresse :

Quelques termes de l'art, beaucoup de hardiesse, Du hasard quelquefois, tout cela concouroit, Tout cela bien souvent faisoit crier miracle. Enfin, quoique ignorante à vingt et trois carats - ,

Elle passoit pour uu oracle.

L'oracle étoit logé dedans un galetas :

Là, cette femme emplit sa bourse,

Et, sans avoir d'autre ressource, Gagne de quoi donner un rang à son mari ; Elle achète un office, une maison aussi.

Voilà le galetas rempli D'une nouvelle hôtesse, à qui toute la ville, Femmes, filles, valets, gros messieurs, tout eufiu Alloit, comme autrefois, demander sou destin ; Le galetas devint l'autre de la Sibylle.

1 Pour devineresse. Mot de la création de La Fontaine. Marot a employé le mot devineur. (B.)

2 Expression proverbiale, pour dire presque entièrement, presque complètement, de même que l'or à vingttrois carats, qui est presque entièrement pur. (W.)

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