LES DEVINERESSES
C'est souvent du hasard que naît l'opiuiou, Et c'est l'opinion qui fait toujours la vogue.
Je pourrois fonder ce prologue Sur gens de tous états : tout est prévention, Cabale, entêtement, point ou peu de justice. C'est un torrent : qu'y faire ? Il faut qu'il ait son cours;
Cela fut, et sera toujours.
it. 3
Une femme, à Paris, faisoit la python isse : On l'alloit consulter sur charjin- événement; Perdoit-on un chiffon, avoit-on un amant, Un mari vivant trop au gré de son épouse, Une mère fâcheuse, une femme jalouse ;
Chez la devineuse * on connut Pour se faire annoncer ce que l'on desiroit.
Son fait cousistoit en adresse :
Quelques termes de l'art, beaucoup de hardiesse, Du hasard quelquefois, tout cela concouroit, Tout cela bien souvent faisoit crier miracle. Enfin, quoique ignorante à vingt et trois carats - ,
Elle passoit pour uu oracle.
L'oracle étoit logé dedans un galetas :
Là, cette femme emplit sa bourse,
Et, sans avoir d'autre ressource, Gagne de quoi donner un rang à son mari ; Elle achète un office, une maison aussi.
Voilà le galetas rempli D'une nouvelle hôtesse, à qui toute la ville, Femmes, filles, valets, gros messieurs, tout eufiu Alloit, comme autrefois, demander sou destin ; Le galetas devint l'autre de la Sibylle.
1 Pour devineresse. Mot de la création de La Fontaine. Marot a employé le mot devineur. (B.)
2 Expression proverbiale, pour dire presque entièrement, presque complètement, de même que l'or à vingttrois carats, qui est presque entièrement pur. (W.)