LIVRE VIII
FABLE XXV
LES DEUX CHIENS ET l'a.NE MORT.
Les vertus devroient être sœurs, Aiusi que les vices sout frères.
Dès que l'uu de ceux-ci s'empare de uos cœurs , Tous vieuueut à la file; il ue s'eu mauque guères : J'eutends de ceux qui, n'étant pas coutraires , Peuvent loger sous même toit.
A l'égard des vertus, rarement on les -soit Toutes en un sujet éminemment placées Se tenir par la main sans être dispersées. L'un est vaillant, mais prompt; l'autre estprudeut, mais froid. Parmi les animaux, le chien se pique d'être Soigneux et fidèle à son maître; Mais il est sot , il est gourmand ; Témoin ces deux mâtins qui , dans l'éloiguemeut , Virent un âne mort qui flottoit sur les ondes. Le veut de plus eu plus l'éloiguoit de nos chiens. Ami, dit l'un, tes yeux sont meilleurs que les miens : Porte un peu tes regards sur ces plaines profondes : J'y crois voir quelque chose. Est-ce un bœuf, un cheval?
Eh! ({n'importe quel animal?
Dit l'un de ces mâtins; voilà toujours curée.
Le point est de l'avoir : car le trajet est grand; Et de plus, il nous faut nager contre le vent. Buvons toute cette eau; notre gorge altérée En viendra bien à bout : ce corps demeurera
Bientôt à sec; et ce sera
Provision pour la semaine.
Voilà mes chiens à boire : ils perdirent L'haleine,
Et puis la vie; ils firent tant
Qu'on les vit crever à L'instant.
L'homme est ainsi bâti : quand un sujet l'enflamme . L'impossibilité disparo't à sou ame.
Combien fait-il de vœux, combien perd-il de \>h<. S'oulrant l pour acquérir des biens ou de la glohv !
Si j'arrondissois mes Etats!
Si je pouvois remplir mes coffres de ducats! Si j'apprenois l'hébreu, les sciences, l'histoire!
Tout cela, c'est la mer à boire;
Mais rien à l'homme ne suffit.
Pour fournir aux projets que forme un seul esprit, Il faudroit quatre corps; eucor , loin d'y suffire, A mi-chemin je crois que tous demeureroient : Quatre Mathusalem bout à bout ne pourroient
Mettre à fin ce qu'un seul désire.
1 S'eXciJdaut . se minant.