‹ Fables (volume 2)Chapitre 84 sur 193 · LE LOIP ET LE CHIEN MAIGRE · texte numérisé non relu

LE LOIP ET LE CHIEN MAIGRE

Autrefois carpillon fretin

Eut heau prêcher , il eut beau dire ,

Ou le mit dans la poêle à frire2.

Je fis voir que lâcher ce qu'on a dans la main ,

Sous espoir de grosse aventure ,

Est imprudence toute pure.

Le pêcheur eut raison; carpillon n'eut pas tort: Chacun dit ce qu'il peut pour défendre sa vie.

Maintenant il faut que j'appuie Ce que j'avançai lors, de quelque trait encor.

1 Expression proverbiale , pour dire ne leur laisse rien. > Vovcz la fable III du livre V.

i±\ FABLES.

Certain loup, aussi sot que le pêcheur l'ut sage,

Trouvant un chien hors i\u village, S'en alloit l'emporter. Le chien représenta Sa maigreur: Jà1 ne plaise à votre seigneurie

De me prendre en cet état-là ;

Attendez : mon maître marie

Sa fille unique, et vous jugez Q l'étant de noce il faut, maigri'- moi, que j'engraisse.

Le loup le croit, le loup le laisse.

Le loup, quelques jours écoulés, Revient voir si son chien n'est pas meilleur à prendre

[Mais le drôle étoit au logis.

Il dit au loup par un treillis:

Ami, je vais sortir : et, si tu veux attendre,

Le portier du logis et moi

Mous serons tout à l'heure à loi.

Ce portier du logis étoit un chien énorme,

Expédiant les loups en forme.

Celui-ci s'en douta. Serviteur au portier, Dit-il; et de courir. Il étoit fort agile;

Mais il n'étoit pas fort habile.

Ce loup ne savoit pas encor bien son métier.

1 Déjà, à présent. Vieux langage.

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