‹ Fables (volume 2)Chapitre 85 sur 193 · RIEN DE TROP · texte numérisé non relu

RIEN DE TROP

Je ne vois point de créature

Se comporter modérément.

Il est certain tempérament

Que le maître de la nature Veut que l'on garde en tout. Le fait-on? uullemenl : Soit en bien , soit en mal, cela n'arrive guère. Le blé , riclie présent de la blonde Cérès, Trop touffu bien souvent épuise les guérets : En superfluités s'épaudant d'ordiuaire ,

Et poussant trop abondamment,

Il 6te à son fruit l'aliment.

L'arbre n'en fait pas moins : tant le luxe sait plaire ! Pour corriger le blé, Dieu permit aux moulons De retrancher l'excès des prodigues moissons.

Tout au travers ils se jetèrent,

Gâtèrent tout , et tout broutèrent.

Tant que le ciel permit aux loups D'en croquer quelques-uns ; ils les croquèrent tous ; S'ils ne le firent pas, du moins ils y tâchèrent.

Puis le ciel permit aux humains De punir ces derniers : les humains abusèrent

lie, FABLES.

A leur tour des ordres (livins.

])<• tous les animaux, L'homme a le plus de pente

A se porter dedans L'excès.

Il faudrait faire le procès Aux petits comme aux grands. Il u'est ame vivante Qui ne pèche en ceci. Rien de trop est an point Dont on parle sans cesse , et qu'on n'observe point.

FABLE XII

C'est du séjour des dieux que les abeilles viennent. Les premières, dit-on, s'en allèrent loger

Au mont Hvmette1 , et se gorger Des trésors qu'en ce lieu les zéphyrs entretiennenf. Quand on eut des palais de ces filles du ciel Enlevé l'ambrosie en leurs chambres enclose ,

Ou , pour dire en françois la chose ,

Après que les ruches sans miel N'eurent plus que la cire , on fit mainte bougie ;

Maiut cierge aussi fut façonné.

In d'eux voyant la terre en brique au feu durcie

1 Hymelte étoit une montagne célébrée par les poi'tes, située dans l'Attique, et où les Grecs recueilloient d'excellent miel. (Note de Lu Fontaine.)

Page 1