LE SINGE ET LE CHAT
Bertrand avec Raton, l'un singe et l'autre chat.
Commensaux d'un logis, avoient un commun maitrc.
D'animaux malfaisants c'étoit uu très-bon plat:
Ils n'y craignoient tous deux aucun, quel qu'il pït être.
Trouvoit-on quelque chose au logis de gâté ,
L'on ne s'en prenoit point aux gens du voisiuage:
Bertrand déroboit tout; Raton, de sou colé,
Etoit moins attentif aux souris qu'au fromage.
Lu jour, au coin du feu, nos deux maîtres fripons
Regardoieut rôtir des marrons.
L s escroquer étoit une très-bonne affaire : Nos galants y voyoient double profit à faire :
Leur bien premièrement, et puis le mal d'autrai.
Bertrand dit à Bâton : Frère, il faut aujourd'hui
Que tu fasses an coup de maître; Tire-moi ces marrons. Si Dieu m'avoit fait naître
Propre à tirer marrons du feu,
Certes, marrons verroient beau jeu.
Aussitôt fait rpie dit : Raton, avec sa patte,
D'une manière délicate , Ecarte un peu la cendre , et retire les doigts ;
Puis les reporte à plusieurs fois; Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque ;
Et cependant Bertrand les croque.
E'ne servante vient : adieu mes gens. Raton
N'étoit pas content, ce dit-on.
Aussi ne le sout pas la plupart de ces princes Qui, flattés d'un pareil emploi, Vont s'échauder en des provinces Pour le profit de quelque roi.
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FABLE XVIII
LF. MILAX ET LE ROSSIGNOL.
Après que le milan , manifeste voleur, Eut répandu l'alarme eu tout le voisinage
LIVT.E IX. 137
Et fait crier sur lui les eufauts du virlago, Un rossignol tomba dans ses mains par malheur. Le héraut du printemps lui demande la vie. Aussi bien, que manger en qui n'a (pie le son?
Ecoutez plutôt ma chanson :
Je vous raconterai Térée et sou envie. — Qui Térée? est-ce un mets propre pour les milans? — >"on pas; c'étoit un roi dont les feux violents Me firent ressentir leur ardeur criminelle1. Je m'en vais vous en dire une chanson si belle Qu'elle vous ravira : mon chaut plaît ù chacun.
Le milan alors lui réplique :
Vraiment, nous voici bien! lorsque je suis à jeun,
Tu me viens parler de musique ! — J'en parle bien aux rois. — Quand un roi te prendra,
Tu peux lui conter ces merveilles:
Pour un milan, il s'en rira.
Ventre affamé n'a point d'oreilles.
FABLE XIX