‹ Fables (volume 3)Chapitre 21 sur 54 · i^'^m w^ iL::^r? :;;.!; ^i^ ci · texte numérisé non relu

i^'^m w^ iL::^r? :;;.!; ^i^ ci

Marché fait, les oiseaux forgent une machine

Pour transporter la pèlerine.

Dans la gueule, en travers, on lui passe un bâton. Serrez bien , dirent-ils ; gardez de Iftcher prise. Puis chaque canard prend ce bAton par un bout. La tortue enlevée , on s'étonne partout

De voir aller en cette guise

L'animal lent et sa maison , Justement au milieu de l'un et l'autre oison. Miracle I crioit-on : venez voir dans les nues

Passer la reine des tortues.

La reine I vraiment oui : je la suis en effet ; Ne vous en moquez point. Elle eût beaucoup mieux fait De passer son chemin sans dire aucune chose ; Car, lâchant le bâton en desserrant les dents, Elle tombe , elle crève aux pieds des regardants. Son indiscrétion de sa perte fut cause.

Imprudence , babil , et sotte vanité , Et vaine curiosité , Ont ensemble étroit parentage :

Ce sont enfants tous d'un lignage.

v,-CÏS?î>^ i».^!^* rCS^'è^i>

l^s Poissons et le Cormoran.*

Il n'étoit point d'étang dans tout le voisinage Qa*un cormoran n'eût mis à contribution : Viviers et réservoirs lui payoient pension. Sa cuisine alloit bien : mais , lorsque le long âge

Eut glacé le pauvre animal ,

Là même cuisine alla mal.

Tout cormoran se sert de pourvoyeur lui-même. Le nôtre , un peu trop vieux pour voir au fond des eaux,

N'ayant ni filets ni réseaux ,

SoufTroit une disette extrême.

Que fit-il? Le besoin , docteur en stratagème , Lui fournit celui-ci! Sur le bord d'un étang

Cormoran vit une écrevisse.

* Livre des lumières . ta Grue et les Poissons. — Contes de Bidpaï cl de l^okinan ; le Ih'ron , l'Écrevisse et les Poissons.

ILi'^êi l^tî.'J'^li^iZ'^ It-:^ fl^ië ''Qn'^r'..7^^l>,>:,

LIVRK X, FABLE IV. 133

Ma commère , dit-il, allez tout à l'instant

Porter un avis important

A ce peuple : il faut qu'il périsse ; Le maître de ce lieu dans huit jours péchera.

L'écrevisse en hâte s'en va

Conter le cas. Grande est Témute ;

On court , on s'assemble , on députe

A l'oiseau : Seigneur Cormoran , D'où vous vient cet avis? Quel est votre garant?

Étes-vous sûr de cette affaire?

N'y savez-vous remède? Et qu'est-il bon de faire ? — Changer de lieu, dit-il. — Comment le ferons-nous? — N'en soyez point en soin : je vous porterai tous ,

L'un après l'autre , en ma retraite.

Nul que Dieu seul et moi n'en connolt les chemins :

Il n'est demeure plus secrète.

Un vivier que Nature y creusa de ses mains ,

Inconnu des traîtres humains ,

Sauvera votre république.

Ou le crut. Le peuple aquatique ""

L'un après l'autre fut porté

Sous ce rocher peu fréquenté.

Là, Cormoran le bon apôtre.

Les ayant mis en un endroit

Transparent , peu creux , fort étroit , Vous les prenoit sans peine , un jour l'un , un jour l'autre ;

Il leur apprit à leurs dépens Que l'on ne doit jamais avoir de confiance

Eu ceux qui sont mangeurs de gens.

Ils y perdirent peu, puisque l'humaine engeance

£d auroit aassi bien croqué sa bonne part.

Qu'importe qui vous mange, homme ou loup? toute panse Me paroit une à cet égard :

Un jour plus tôt , un jour plus tard , Ce n*est pas grande différence.

:i.^îes6y)?uw2^?sife^w5s s^ som €<^ww}W,m

AhP<v^

L'Enfbiiisseiir et son Compère.'

Un pince^maillé avoit tant amassé Oa'il ne savoit où loger sa finance.

L*ayarice , compagne et sœur de IMgnorance ,

Le rendoit fort embarrassé

Dans le choix d'an dépositaire ; Car il en vouloit on , et voici sa raison : L'objet tente ; il faudra que ce monceau s'altère

Si je le laisse à la maison :

Moi-même de mon bien je serai le larron. — Le larron? Quoi ! jouir, c'est se Toler soi-même ! Mon ami , j'ai pitié de ton erreur extrême.

Apprends de moi cette leçon :

Le bien n'est bien qu'en tant que l'on s'en peut défaire ; Sans cela c'est un mai. Veux-tu le réserver Pour un Age et des temps qui n'en ont plus que faire ?

* Abstemius, 109, de Viro qui Ihesanrum Compatre roiitcto abdiderui.

La peine d'acquérir, le soin de conserver , Otent le prix à l'or, qu'on croit si nécessaire. —

Pour se décharger d'un tel soin , Notre homme eût pu trouver des gens sûrs an besoin : Il aima mieux la terre ; et , prenant son compère , Celui-ci l'aide. Ils vont enfouir le trésor. Au bout de quelque temps ThoiAme va voir son or ;

n ne retrouva que le gtte.

Soupçonnant à bon droit le compère, il va vite Lui dire : Apprêtez-vous ; car il me reste encor Quelques deniers : je veux les joindre à l'autre masse. Le compère aussitôt va remettre en sa place

L'argent volé ; prétendant bien Tout reprendre à la fois, sans qu'il y manquât rien.

Mais, pour ce coup, l'autre fut sage : Il retint tout chez lui , résolu de jouir ,

Plus n'entasser , plus n'enfouir ; Et le pauvre voleur, ne trouvant plus son gage.

Pensa tomber de sa hauteur.

Il n'est pas malaisé de tromper un trompeur.

/^?TXp ^^^\,

^î« îli'ÊTQf'f )«lf \Ci)l5iS JfïSi&Sïlg^BâJ-.

Le Loup et les Bergers.*

Un loup rempli d'humanité

( S'il en est de tds dans le monde )

Fit un jour sur sa cruauté , Quoiqu'il ne l'exerçât que par nécessité ,

Une réflexion profonde.

Je suis haï 9 dit-il ; et de qui? de chacun.

Le loup est l'ennemi commun :

Chiens , chasseurs, villageois, s'assemblent pour sa perte ; Jupiter est là-haut étourdi de leurs cris : C'est par-là que de loups l'Angleterre est déserté,

On y mit notre tète à prix.

n n'est hobereau qui ne fasse

Contre nous tels bans publier ;

Il n'est marmot osant crier Que du loup aussitôt sa mère ne menace.

Le tout pour un Ane rogneux ,

• Philibert Hegemon , fable ix , des Patieurs et du Loup.

Pour «n moaton pourri , pour quelque chien hargneux,

Dont j'aurai passé mon envie.

Eh bien I ne mangeons plus de chose ayant eu vie : Paissons rherbe , broutons , mourons de faim plutdt.

Est-ce une chose si cruelle ?

Vaut-il mieux s'attirer la haine universelle ? Disant ces mots, il vit des bergers , pour leur rdt ,

Mangeants un agneau cuit en broche.

Oh ! oh ! dit-il , je me reproche Le sang de cette gent : voilà ses gardiens

S'en repaissants eux et leurs chiens ;

Et moi loup , j'en ferai scrupule !

Non , par tous les dieux I non ; je serois ridicule :

Thibaut l'agnelet passera ,

Sans qu'à la broche je le mette ; Et non seulement lui , mais la mère qu'il tette ,

Et le père qui l'engendra !

Ce loup avoit raison. Est-il dit qu'on nous voie

Faire festin de tonte proie , Manger les animaux ; et nous les réduirons Aux mets de l'âge d'or autant que nous pourrons 1

Ils n'auront ni croc ni marmite !

Bergers, bergers 1 le loup n'a tort . Que quand il n'est pas le plus fort :

Voulez-vous qu'il vive en ermite ?

:Lj'.âUîuo^'*wj»*^)« j*''Mf ?r^^:i{ao^.^'X)"jp>î^iwc?)>^

L'Araignée et rHirondelIc.*

O Jupiter , qui sus de ton cerveau , Par un secret d'accouchement nouveau , Tirer Pallas , jadis mon ennemie , Entends ma plainte une fois en ta vie ! Progné me vient enlever les morceaux ; Caracolant , frisant l'air et les eaux , Elle me prend mes mouches à ma porte : Miennes je puis les dire ; et mon réseau En seroit plein sans ce maudit oiseau : Je rai tissu de matière assez forte.

Ainsi , d'un discours insolent ,

Se plaignoit l'araignée autrefois tapissière , Et qui lors étant filandière

Prétendoit enlacer tout insecte volant.

La sœur de Philomèle , attentive à sa proie ,

Malgré le bestion happoit mouches dans l'air,

* Abstemius, i, cV Aranea et llirumlhu-.

Pour ses petits , pour elle , impitoyable joie , Que ses enfants gloutons, d'un bec toujours ouvert. D'un ton demi-formé , bégayante couvée , Demandoient par des cris encor mal entendus.

La pauvre aragne n'ayant plus Que la tète et les pieds , artisans superflus ,

Se vit elle-même enlevée :

L'hirondelle, en passant, emporta toile, et tout ,

Et l'animal pendant an bout.

Jupin pour chaque état mit deux tables au monde : L'adroit, le vigilant, et le fort, sont assis A la première ; et les petits Mangent leur reste À la seconde.

ic.Ai lM<^llv:0}iSvl^'>S^ F'3(r )LM^ ça-vî

1^1 1 1 % I f î f 1 1 i 1 1 1 1 1 î i 1 1 î î tttîtttttuf-

^^J^î> Ô O Cr o o o o c c> n O O O O O 0 o o o oo .o o o o c o o

^■•••ÎO ■ il m ^ ■■. ; C .--*

ÎPi'S ^î- î» ^' ■* ■-? - •'- * ? ? ? -c' -Ç P ^ "J -'^ *' * >j -t -^ « 4 -î

La Perdrix et les Coqs/

Parmi de certains coqs, incivils, peu galants,

Toujours en noise , et turbulents ,

Une perdrix étoit nourrie.

Son sexe , et l'hospitalité , De la part de ces coqs, peuple à l'amour porté , Lui faisoient espérer beaucoup d'honnêteté : Ils feroient les honneurs de la ménagerie. . Ce peuple cependant, fort souvent en furie , Pour la dame étrangère ayant peu de respec,'* Lui donnoit fort souvent d'horribles coups de bec.

D'abord elle en fut afiDigée ; Mais , sitôt qu'elle eut vu cette troupe enragée S'entre-battre elle-même et se percer les flancs , Elle se consola. Ce sont leurs moeurs, dit-elle ; Ne les accusons point , plaignons plutôt ces gens :

* iKsop., 16, l'erdix et Galli.

" Au lieu (le respect, pour la rime el par licence pooiif|Uc.

142 LIVRE X, FABLE VllL

Jupiter sur un seul modèle

N'a pas formé tous les esprits ; Il est des naturels de coqs et de perdrix. 3'il dépendoit de moi , je passerois ma vie

En plus honnête compagnie.

Le maître de ces lieux en ordonne autrement ;

Il nous prend avec des tonnelles , Nous loge avec des coqs , et nous coupe les ailes : C'est de l'homme qu'il faut se plaindre seulement.

s/cTi ^l'j oa»

2C:'ê ^o'>j;ir;s:^ Â. r^-û':: a^ jl ^^w^fié )L'^^ mt/iÊ'ji'iii^m^r.

Le Chien à qui on a coupé les oreilles.

Qu'ai-je fait, pour me voir ainsi

Mutilé par mon propre maitre?

Le bel état où me voici I Devant les autres chiens oserai-je paraître ? 0 rois des animaux , ou plutôt leurs tyrans ,

Qui vous feroit choses pareilles !

Ainsi crioit Mouflar , jeune dogue ; et les gens , Peu touchés de ses cris douloureux et perçants , Venoient de lui couper sans pitié les oreilles. Mouflar y croyoit perdre. Il vit avec le temps Qu'il y gagnoit beaucoup ; car, étant de nature A piller ses pareils , mainte mésaventure

L'auroit fait retourner chez lui Avec cette partie en cent lieux altérée : Chien hargneux a toujours Foreille déchirée.

Le moins qu'on peut laisser de prise aux dents d*autrui , C'est le mieux. Quand on n*a qu*an endroit à défendre ,

On le munit, de peur d'esclandre.

Témoin mattre Mouflar armé d'un gorgerin ; Du reste ayant d'oreille autant que sur ma main ,

Un loup n'eût su par où le prendre.

;i..is ;?^'e)«.>&;Èif. ife^c '<L>]t il©i-

Le Berger et le Roi.*

Deux démons à leur gré partagent notre vie , Et de son patrimoine ont chassé la raison ; Je ne vois point de cœur qui ne leur sacrifie : Si vous me demandez leur état et leur nom , rappelle l'un Amour, et l'autre, Ambition. Cette dernière étend le plus loin son empire ;

Car même elle entre dans Famour.

Je le ferois bien voir ; mais mon but est de dire Comme un roi fit venir un berger à sa cour. Le conte est du bon temps , non du siècle où nous sommes.

Ce roi vit un troupeau qui couvroit tous les champs , Bien broutant, en bon corps, rapportant tous les ans ,

• Livre des Lumières, Histoire d'un Ifermite. — Conlca de Bidpaî el de Lokman : l'Hermiie; Histoire d'un Lion et d'un nenard.

Il- 19

ik6 LIVRE X, FABLE X.

Grâce aax soins du berger, de très notables sommes. Le berger plat au roi par ces soins diligents. Ta mérites , dit-il , d'être pasteur de gens : Laisse là tes moutons , viens conduire des hommes ;

Je te fais juge souverain.

Voilà notre berger la balance à la main. Quoiqu'il n*eût {^ère vu d'autres gens qu'un ermite , Son troupeau , ses matins , le loup , et puis c'est tout , Il avoit du bon sens; le reste vient ensuite :

Bref, il en vint fort bien à bout.

L'ermite son voisin accourut pour lui dire : Veillé-je ? et n'est-ce point an songe que je vois ? Vous , favori ! vous , grand I Défiez-vous des rois ; Leur faveur est glissante : on s*y trompe , et le pire C'est qu'il en coûte cher : de pareilles erreurs Ne produisent jamais que d'illustres malheurs. Vous ne connoissez pas l'attrait qui vous engage ; Je vous parle en ami ; craignez tout. L'autre rit ;

Et notre ermite poursuivit :

Voyez combien déjà la cour vous rend peu sage. Je crois voir cet aveugle à qui , dans un voyage ,

Un serpent engourdi de froid Vient s'offrir sous la main : il le prit pour un fouet ; Le sien s'étoit perdu , tombant de sa ceinture. 11 rendoit grâce au ciel de l'heureuse aventure , Quand un passant cria : Que tenez-vous? ô dieux ! Jetez cet animal traître et pernicieux , Ce serpent I —C'est un fouet.— C'est un serpent I vous dis-je. A me tant tourmenter quel intérêt m'oblige? Prétendez-vous garder ce trésor? — Pourquoi non ?

Mon foaet étoit usé ; j'en reti^uve on fort bon :

Vous n'en parlez que par envie. —

L'aveugle enfin ne le crut pas ;

11 en perdit bientôt la vie :

L'animal dégourdi piqua son homme au bras.

Quant à vous , j'ose vous prédire Qu'il vous arrivera quelque chose de pire. Eh ! que me sauroit-il arriver que la mort? Mille dégoûts viendront , dit le prophète ermite. U en vint en effet : l'ermite n'eut pas tort. Mainte peste de cour fit tant, par maint ressort , Que la candeur du juge, ainsi que son mérite, Furent suspects au prince. On cabale , on suscite Accusateurs , et gens grevés par ses arrêts. De nos bien , dirent-ils , il s'est fait un palais. Le prince voulut voir ces richesses immenses. Il ne trouva partout que médiocrité , Louanges du désert et de la pauvreté :

C'étoient là ses magnificences.

Son fait, dit-on , consiste en des pierres de prix : Un grand coffre en est plein , fermé de dix serrures. Lui-même ouvrit ce coffre , et rendit bien surpris

Tous les machineurs d'impostures.

Le coffre étant ouvert, on y vit des lambeaux,

L'habit d'un gardeur de troupeaux, Petit chapeau , jupon , panetière , houlette ,

Et , je pense , aussi sa musette.

Doux trésors, ce dit-il , chers gages, qui jamais N'attir&tes sur vous l'envie et le mensonge , Je vous reprends : sortons de ces riches palais

Comme l'on sortiroit d'un songe I Sire , pardonnez-moi cette exclamation :

J*avois prévu ma chute en montant sur le faite. Je m'y suis trop complu : mais qui n'a dans la tête

Un petit grain d'ambition ?

àsM^^iità-

■ ;fr '\fr ^é W^ "i^^ ^^Ê

Les Poissons, et le Berger qui joue de la (lûle.*

Tircis, qui pour la seule Annette ' Faisoit résonner les accords D'une voix et d'une musette Capable de toucher les morts, Chantoit un jour le long des bords D'une onde arrosant des prairies

Dont Zéphyre habitoit les campagnes fleuries.

Annette , cependant , à la ligne pèchoit : Mais nul poisson ne s'approchoit; La bergère perdoit ses peines.

Le berger, qui par ses chansons Eût attiré des inhumaines , Crut (et crut mal] attirer des poissons.

11 leur chanta ceci : Citoyens de cette onde ,

• .£sop. , 54, 130, Piscator. — Aphton., W, Fabula piscatoris , qw piscalor simul erat, et aulœduSf qua arîibus suo quoque Inco ttlemium essr (hceiur.

Laissez votre Naïade en sa grotte profonde ,

Venez voir un objet mille fois plus charmant.

Ne craignez point d'entrer aux prisons de la belle :

Ce n'est qu'à nous qu'elle est cruelle.

Vous serez traités doucement ;

On n'en veut point à votre vie.

Un vivier vous attend , plus clair que fin cristal ; Et, quand à quelques uns l'appât seroit fatal , Mourir des mains d'Annette est un sort que j'envie. Ce discours éloquent ne fit pas grand effet ; L'auditoire étoit sourd aussi bien que muet : Tircis eut beau prêcher. Ses paroles miellées

S'en étant aux vents envolées , Il tendit un long rets. Voilà les poissons pris ; Voilà les poissons mis aux pieds de la bergère.

0 vous, pasteurs d'humains et non pas de brebis, Rois , qui croyez gagner par raison les esprits

D'une multitude étrangère , Ce n'est Jamais par-là que l'on en vient à bout !

n y faut une autre manière :

Servez-vous de vos rets ; la puissance fait tout.

:m]'^ :ujfw-r. ^:^)t'w,(i'Hi\ow^K\^, iror )gvoif inf ^r^ôsf jt^jr-Cvg

ââ A â A â â â M, â A A^

Les deux Perroquets, le Roi, et son fils.*

Deux perroquets, Tuo père et Tautre fils, Du rôt d*un roi faisoient lenr ordinaire ; Deux demi-dieux , Tun fils et l'autre père , De ces oiseaux faisoient leurs favoris.

L*àge lioit une amitié sincère Entre ces gens : les deux pères s*aimoient ; Les deux enfants , malgré leur cœur frivole , L'un avec l'autre aussi s'accoutumoient , Nourris ensemble , et compagnons d'école. C'étoit beaucoup d'honneur au jeune perroquet ; Car l'enfant étoit prince, et son père monarque. Par le tempérament que lui donna la Parque, Il aimoit les oiseaux. Un moineau fort coquet , Et le plus amoureux de toute la province , Faisoit aussi sa part des délices du prince.

• Contes de BIdpal et de Lokman : Histoire d'un Roi de ï^en et de to»i Perroquet.

152 LIVRE X, FABLE Xll.

Ces deux rivaux un jour ensemble se jouants , Conune il arrive aux jeunes gens , Le jeu devint une querelle.

Le passereau , peu circonpec / â*attira de tels coups de bec , Que , demi-mort et traînant l'aile , On crut qu'il n'en pourroit guérir.

Le prince indigné fit mourir Son perroquet. Le bruit en vint au père. L'infortuné vieillard crie et se désespère , Le tout en vain , ses cris sont superflus , L'oiseau parleur est déjà dans la barque : Pour dire mieux , l'oiseau ne parlant plus Fait qu'en fureur sur le fils du monarque Son père s'en va fondre , et lui crève les yeux. Il se sauve aussitôt , et choisit pour asile

Le haut d'un pin : là , dans le sein des dieux , Il goûte sa vengeance en lieu sûr et tranquille. Le roi lui-même y court, et dit pour l'attirer : Ami , reviens chez moi ; que nous sert de pleurer? Haine , vengeance , et deuil , laissons tout à la porte. Je suis contraint de déclarer, Encor que ma douleur soit forte , Que le tort vient de nous ; mon fils fut l'agresseur : Mon fils I non , c'est le Sort qui du coup est l'auteur. La Parque avoit écrit de tout temps en son livre Que l'un de nos enfants devoit cesser de vivre , L'autre de voir, par ce malheur.

• Au lieu de cirvonspcrtt pour la rime el par licence poflique.

Consolons-nous tous deui , et reviens dans ta €age.

Le perroquet dit : Sire roi ,

Crois-tu qu'aprèâ un tel outrage

Je me doive fier à toi ?

Tu m'allègues le Sort : prétends-tu , par ta foi , Me leurrer de l'appât d'un profane langage? Mais que la Providence , ou bien que le Destin ,

Règle les affaires du monde , Il est écrit là-haut qu'au faite de ce pin ,

Ou dans quelque forêt profonde , J'achèverai mes jours loin du fatal objet

Qui doit t'étre un juste sujet De haine et de fureur. Je sais que la vengeance Est un morceau de roi : car vous vivez en dieux.

Tu veux oublier cette offense ; Je le crois : cependant il me faut , pour le mieux ,

Éviter ta main et tes yeux.

Sire roi , mon ami , va-t'en , tu perds ta peine :

Ne me parle point de retour ; L'absence est aussi bien un remède à la haine

Qu'un appareil contre l'amour.

9 lu 0 1

La Lionne et TOurse.

Mère lionne avoit perdu son faon :

Un chasseur revoit pris. La pauvre infortunée Poussoit un tel rugissement

Que toute la forêt étoit importunée.

La nuit ni son obscurité , Son silence , et ses autres charmes ^

De la reine des bois n'arrètoient les vacarmes :

T^'ul animal n*étoit du sommeil visité.

L'ourse enfin lui dit : Ha commère , Un mot sans plus ; tous les enfants Qui sont passés entre vos dents N'avoient-ils ni père ni mère ?— Ils en avoient. — S'il est ainsi ,

Et qu'aucun de leur mort n'ait n^ tètes rompues , Si tant de mères se sont tues , Que ne vous taisez-vous aussi? — Moi , me taire ! moi malheureuse !

Ah I j*ai perdu mon fils I il me faudra traîner

Une vieillesse douloureuse ! — Dites-moi, qui tous force à tous y condamner? Hélas ! c'est le Destin qui me hait. — Ces paroles Ont été de tout temps en la bouche de tous.

Misérables humains , ceci s'adresse à vous ! Je n'entends résonner que des plaintes frivoles. Quiconque , en pareil cas, se croit haï des cieux , Qu'il considère Hécube, il rendra grâce aux dieux.

Les deux Avenluriers et le Taliunan.*

Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire.

Je n*en veux pour témoin qu'Hercule et ses travaux :

Ce dieu n'a guère de rivaux ; J'en vois peu dans la fable , encor moins dans l'histoire. En voici pourtant un , que de vieux talismans Firent chercher fortune au pays des romans.

Il voyageoit de compagnie.

Son camarade et lui trouvèrent un poteau

Ayant au haut cet écriteau :

« Seigneur aventurier, s'il te prend quelque envie (( De voir ce que n'a vu nul chevalier errant,

« Tu n'as qu'à passer ce torrent ; « Puis , prenant dans tes bras un éléphant de pierre

« Que tu verras couché par terre , « Le porter, d'une haleine , au sommet de ce mont

* Livre des lumières, les deiuc Compagnons. I.okman ; les deux Voyageurs.

' Conlcs de Bldpal el de

aS3 Ïfi)ai(î2: AVDE ':y^f W®lCïgjfeS «W ILHC 'ffA\lX«3ISSflA\X^

Cl Qui menace les cieux de son superbe front. x> L'un des deux chevaliers saigna du nez. Si Tonde

Est rapide autant que profonde , Dit-il... et supposé qu*on la puisse passer, Pourquoi de l'éléphant s'aller embarrasser?

Quelle ridicule entreprise I Le sage Taura fait par tel art et de guise Qu'on le pourra porter peut-être quatre pas : Mais jusqu'au haut du mont I d'une haleine ! il n'est pas Au pouvoir d'un mortel ; à moins que la figure Ne soit d'un éléphant nain , pygmée , avorton ,

Propre à mettre au bout d'un bâton : ^ Auquel caç , où l'honneur d'une telle aventure ? On nous veut attraper dedans cette écriture ; Ce sera quelque énigme à tromper un enfant : C'est pourquoi je vous laisse avec votre éléphant. Le raisonneur parti , l'aventureux se lance ,

Les yeux clos, à travers cette eau.

Ni profondeur ni violence Ne purent l'arrêter ; et , selon l'écriteau , Il vit son éléphant couché sur l'autre rive. Il le prend , il l'emporte , au haut du mont arrive , Kencontre une esplanade , et puis une cité. Un cri par l'éléphant est aussitôt jeté :

Le peuple aussitôt sort en armes :

Tout autre aventurier, au bruit de ces alarmes , Auroit fui : celui-ci , loin de tourner le dos , Veut vendre au moins sa vie , et mourir en héros, il fut tout étonné d'ouïr cette cohorte Le proclamer monarque , au lieu de son roi mort.

Il oe se fit prier que de la bonne sorte ,

Encor que le fardeau fAt , dit-41 , un peu fort.

Sixte en disoit autant quand on le fit saint-père : ( Seroit-ce bien une misère Que d'être pape ou d'être roi?)

On reconnut bientôt son peu de bonne foi.

Fortune aveugle suit aveugle hardiesse.

Le sage quelquefois fait bien d'eiécuter Avant que de donner le temps à la sagesse D'envisager le fait, et sans la consulter.

'^^^.^Z^^^^fX

■^X;^^^ o^'/l^l^i^;:. jfr tji.j'^' ^;^'- -

'. v-^^^TïT' ' ^''"'

:c i^r^ "Ci.ivi: jCx^t;

\C\fi

-"in;-

s VJ> tt/t>

Les Lapins.

DISCOURS A M. LE DUC DP. LA ROCHRPOUCAULD.

Je me suis souvent dit, voyant de quelle sorte

L'bomme agit , et qu'il se comporte En mille occasions comme les animaux :

Le roi de ces gens-là n'a pas moins de défauts

Que ses sujets ; et la Nature

A mis dans chaque créature Quelque grain d'une masse où puisent les esprits : J'entends les esprits-corps, et pétris de matière.

Je vais prouver ce que je dte.

A l'heure de l'affût , soit lorsque la lumière Précipite ses traits dans l'humide séjour, Soit lorsque le soleil rentre dans sa carrière . Et que , n'étant plus nuit , il n'est pas encor jour , Au bord de quelque bois sur un arbre je grimpe , Et, nouveau Jupiter, du haut de cet olympe » Je foudroie à discrétion

Un lapin qui n'y pensoit guère.

Je vois fuir aussitôt toute la nation

Des lapins, qui , sur la brayère ,

L'œil éveillé, Voreille au guet, S'égayoient, et de thym parfumoient leur banquet.

Le bruit du coup fait que la bande

S'en va chercher sa sûreté

Dans la souterraine cité :

Hais le danger s'oublie , et cette peur si grande S'évanouit bientôt; je revois les lapins, Plus gais qu'auparavant, revenir sous mes mains.

Ne reconnoît-on pas en cela les humains?

Dispersés par quelque orage ,

A peine ils touchent le port

Qu'ils vont hasarder encor

Môme vent , môme naufrage :

Vrais lapins, on les revoit

Sous les mains de la Fortune.

Joignons à cet exemple une chose commune. Quand des chiens étrangers passent par quelque endroit

Qui n'est pafs de leur détroit ,*

Je laisse à penser quelle fête !

Les chiens du lieu, n'ayant en tête Qu'un intérêt de gueule , à cris , à coups de dents

Vous accompagnent ces passants

Jusqu'aux confins du territoire.

. U Foniaine a employé id détroit pour dUirkt ; ces dew moU .onl dtformation commune.

Un intérêt de biens , de grandeur, et de gloire , Aox gouverneurs d'états , à certains courtisans , A gens de tous métiers, en fait tout autant faire.

On nous voit tous , pour Tordinaire , Piller le survenant, nous jeter sur sa peau. La coquette et Vautour sont de ce caractère :

Malheur à l'écrivain nouveau !

Le moins de gens qu'on peut à l'entour du gftteau,

C'est le droit du jeu , c'est l'affaire. Cent exemples pourroient appuyer mon discours ;

Mais les ouvrages les plus courts Sont toujours les meilleurs. En cela j'ai pour guides Tous les maîtres de l'art, et tiens qu'il faut laisser Dans les plus beaux sujets quelque chose à penser :

Ainsi ce discours doit cesser.

Vous, qui m'avez donné ce qu'il a de solide , Et dont la modestie égale la grandeur.

Qui ne pûtes jamais écouter sans pudeur

La louange la plus permise ,

La plus juste et la mieux acquise ; Vous enGn, dont à peine ai-je encore obtenu Que votre nom reçût ici quelques hommages , Du temps et des censeurs défendant mes ouvrages , Comme un nom qui , des ans et des peuples connu , Fait honneur à la France , en grands noms plus féconde

Qu'aucun climat de l'univers.

Permettez-moi du moins d'apprendre à tout le monde Que vous m'avez donné le sujet de ces vers.

Le Marchand, le Gentilhomme, le Pâtre, et le Fils du Roi.'

Quatre cherchears de nouveaui mondes , Presque nus, échappés à la fureur des ondes , Un trafiquant, un noble , un pAtre , un fils de roi ,

Réduits au sort de Bélisaire ,**

Demandoient aux passants de quoi

Pouvoir soulager leur misère.

De raconter quel sort les avoit assemblés , Quoique sous divers points tous quatre ils fussent nés ,

C'est un récit de longue haleine.

Ils s'assirent enfin au bord d'une fontaine : Là le conseil se tint entre les pauvres gens. Le prince s'étendit sur le malheur des grands. Le pâtre fut d'avis qu'éloignant la pensée

De leur aventure passée ,

' Contes de Bidpal et de Lokman; BUtoire (VAsfendiar.

" Bélisaire étoit un grand capitaine, qui, ayant commandé les armées de Tempereur et perdu les bonnes grâces de son maître, tomba dans un tel point de misère qu'il demandoit l'aumône sur les grands chemins. {Noie de La Fontaine.)

Chacun fit de son mieux , et s'appliqnAt au soin

De pourvoir au commun besoin.

La plainte, ajouta-t-il, guérit-elle son homme? Travaillons : c*est de quoi nous mener jusqu'à Rome. Un pAtre ainsi parler I Ainsi parler? croit-on Que le ciel n'ait donné qu'aux têtes couronnées

De l'esprit et de la raison ; Et que de tout berger , comme de tout mouton ,

Les c<mnoîssances soient bornées?

L'avis de celui-ci fut d'abord trouvé bon Par les trois échoués aux bords de l'Amérique. L'un (c'étoit le marchand) savoit l'arithmétique, A tant par mois, dit-il , j'en donnerai leçon.

J'enseignerai la politique , Reprit le Gis de roi. Le noble poursuivit : Moi , je sais le blason : j'en veux tenir école : Comme si , devers l'Inde , on eût eu dans l'esprit La sotte vanité de ce jargon frivole ! Le pAtre dit : Amis , vous parlez bien ; mais quoi ! Le mois a trente jours : jusqu'à cette échéance

Jeûnerons-nous, par votre foi?

Vous me donnez une espérance Belle, mais éloignée ; et cependant j'ai faim. Qui pourvoira de nous au dtné de demain?

Ou plutôt sur quelle assurance Fondez-vous, dites-moi, le souper d'aujourd'hui '^

Avant tout autre , c'est celui

Dont il s'agit. Votre science Est courte là-dessus : ma main y suppléera.

A ces mots le pfttrc s'en va

Dans un bois : il y fit des fagots , dont la vente , Pendant cette journée et pendant la suivante , Empêcha qu'un long jeûne à la fin ne fit tant Qu'ils allassent là-bas exercer leur talent.

Je conclus de cette aventure Qu'il ne faut pas tant d'art pour conserver ses jours ;

Et , grâce aux dons de la nature , La main est le plus sûr et le plus prompt secours.

Vllf DU LIYHE DIXIEME^

X^îà^p

Page 1