‹ Fables (volume 3)Chapitre 23 sur 54 · II. li · texte numérisé non relu

II. li

N'a-t-on point de présent à faire , Point de pourpre à donner ; c'est en vain qu*on espère Quelque refïige aux lois : encor leur ministère A-t^il mille longueurs. Ce discours, un peu fort ,

Doit commencer à vous déplaire.

Je finis. Punissez de mort

Une plainte un peu trop sincère.

A ces mots , il se couche ; et chacun étonné Admire le grand cœur, le bon sens, l'éloquence

Du sauvage ainsi prosterné.

On le créa patrice ; et ce fut la vengeance Qu'on crut qu'un tel discours méritoit. On choisit

D'autres préteurs ; et par écrit Le sénat demanda ce qu'avoit dit cet homme , Pour servir de modèle aux parleurs à venir.

On ne sut pas long-temps à Rome

Cette éloquence entretenir.

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Le Vieillard el les Irois jeunes Hommes.*

Un octogénaire plantoit.

Passe encor de bfttir, mais planter à cet ftge ! Disoient troto jouvenceaux , enfants du voisinage:

Assurément il radotoit.

Car, au nom des dieux , je vous prie , Quel fruit de ce labeur pouvez-vous recueillir? Autant qu'un patriarche il vous faudroit vieillir.

A quoi bon charger votre vie Iles soins d'un avenir qui n'est pas fait pour vous? Ne songez désormais qu'à vos erreurs passées ; Quittez le long espoir et les vastes pensées ;

Tout cela ne convient qu'à nous.

Il ne convient pas à vous-mêmes , Repartit le vieillard. Tout établissement Vient tard, et dure peu. La main des P^rques blêmes De vos jours et des miens se joue également.

• Ahslemius. ml , de Viro decrepito arbucs msemAe.

Nos termes sont pareils par leur courte durée. Qui de nous des clartés de la voûte azurée Doit jouir le dernier? Est-il aucun moment Qui vous puisse assurer d*un second seulement? Mes arrière-neveux me devront cet ombrage :

Eh bien ! défendez-vous au sage De se donner des soins pour le plaisir d*autrui? Cela même est un fruit que je goûte aujourd'hui : J'en puis jouir demain , et quelques jours encore ; Je puis enfin compter l'aurore Plus d'une fois sur vos tombeaux.

Le vieillard eut raison : l'un des trois jouvenceaux Se noya dès le port , allant à l'Amérique ; L'autre, afin de monter aux grandes dignités, Dans les emplois de Mars servant la république. Par un coup imprévu vit ses jours emportés ; Le troisième tomba d'un arbre Que lui-même il voulut enter ; Et , pleures du vieillard , il grava sur leur marbre Ce que je viens de raconter.

:i^^ g--^rif:ji^ t^.^" ^i-i'^ t'^^a^ ï\s'vîti-ir.

Les Souris et le Chat-Hiiant.

Il ne faut jamais dire aux gens :

Écoutez un bon mot, oyez une merveille.

Savez-vous si les écoutants En feront une estime à la vôtre pareille? Voici pourtant un cas qui peut être excepté : Je le maintiens prodige , et tel que d*une fable Il a l'air et les traits , encor que véritable.

On abattit un pin pour son antiquité , Vieux palais d'un hibou, triste et sombre retraite De Toiseau qu'Atropos prend pour son interprète. Dans son tronc caverneux , et miné par le temps ,

Logeoient , entre autres habitants , Force souris sans pieds , toutes rondes de graisse. L'oiseau les nourrissoit parmi des tas de blé , Et de son bec a voit leur troupeau mutilé. Cet oiseau raisonnoit : il faut qu'on le confesse. En son temps , aux souris le compagnon chassa : Les premières qu'il prit du logis échappées ,

Pour y remédier, le drôle estropia

l'out ce qu'il prit ensuite ; et leurs jambes coupées

Firent qu'il les mangeoit à sa commodité ,

Aujourd'hui l'une , et demain l'autre.

Tout manger à la fois , l'impossibilité S'y trouvoit , joint aussi le soin de sa santé. Sa prévoyance alloit aussi loin que la nôtre :

Elle alloit jusqu'à leur porter

Vivres et grains pour subsister.

Puis , qu'un cartésien s'obstine A traiter ce hibou de monstre et de machine !

Quel ressort lui pouvoit donner Le conseil de tronquer un peuple mis en mue?

Si ce n'est pas là raisonner ,

La raison m'est chose inconnue.

Voyez que d'arguments il fit :

Quand ce peuple est pris, il s'enfuit; Donc il faut le croquer aussitôt qu'on le happe. Tout ! il est impossible. Et puis pour le besoin N'en dois-je pas garder? Donc il faut avoir soin

De le nourrir sans qu'il échappe. Mais comment? Otons-lui les pieds. Or, trouvez-moi Chose par les humains à sa fin mieux conduite ! Quel autre art de penser Aristote et sa suite

Enseignent-ils , par votre foi?

Ceci n'est point une fable; et la chose, quoique merveilleuse et presque incroyable , est véritablement arrivée. J'ai peut-être porté trop loin la prévoyance de ce hibou ; car Je ne prétends pas établir dans les bêles an progrès de raisonnement tel que celui-ci : mais ces exagérations sont permises à la poésie , surtout dans la manière d'écrire dont Je me sers.

C'est ainsi que ma muse , aux bords d'une onde pure ,

Traduisoit en langue des dieux

Tout ce que disent sous les cieux Tant d'êtres empruntants la voix de la nature.

Truchement de peuples divers , Je les faisois servir d'acteurs en mon ouvrage :

Car tout parle dans l'univers ;

Il n'est rien qui n'ait son langage.

Plus éloquents chez eux qu'ils ne sont dans mes vers , Si ceux que j'introduis me trouvent peu fidèle , Si mon œuvre n'est pas un assez bon modèle ,

J'ai du moins ouvert le chemin :

D'autres pourront y mettre une dernière main. Favoris des neuf Sœurs , achevez l'entreprise : Donnez mainte leçon que j'ai sans doute omise ; Sous ces invention^ il faut l'envelopper. Mais vous n'avez que trop de quoi vous occuper : Pendant le doux emploi de ma muse Innocente , Louis dompte l'Europe ; et , d'une main puissante ,

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