II. m
Le misérable ne s'en sert Qu'à dépouiller sa bienfaitrice De ses principaux ornements.
Elle gémit à tous moments :
Son propre don fait son supplice.
Voilà le train du monde et de ses sectateurs :
On s'y sert du bienfait contre les bienfaiteurs.
Je suis las d'en parler. Mais que de doux ombrages Soient exposés à ces outrages , Qui ne se plaindroit là-dessus ?
Hélas I j'ai beau crier et me rendre incommode , L'ingratitude et les abus N'en seront pas moins à la mode.
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Le Renard, le Loup, el le Cheval.*
Un renard , jeune encor, quoique des plus madrés , Vit le premier cheval qu'il eût vu de sa vie. Il dit à certain loup , franc novice : Accourez ,
Un animal patt dans nos prés , Beau , grand ; j'en ai la vue encor toute ravie. Est-il plus fort que nous? dit le loup en riant.
Fais-moi son portrait, je te prie.
Si j'étois quelque peintre ou quelque étudiant , Repartit le renard, j'avancerois la joie
Que vous aurez en le voyant.
Mais venez. Que saifr-on? peut-être est-ce une proie
Que la fortune nous envoie.
Ils vont ; et le cheval , qu'à l'herbe on avoit mis , Assez peu curieux de semblables amis.
Fut presque sur le point d'enfiler la venelle. **
* Régnier, sat. m. — iBsop., 134, 363, Asimu et Lupus. ** Venelle si{;nlfle senlier; et enfiler la renclle tïf^nïùe proviTbialeinenl s'enfuir.
244 LIVRE XH, FABLE XVIL
Seigneur , dit le renard , vos humbres serviteurs
Appreudroient volontiers comment on vous appelle.
Le cheval , qui n'étoit dépourvu de cervelle ,
Leur dit : Lisez mon nom , vous le pouvez , messieurs ;
Mon cordonnier Fa mis autour de ma semelle.
Le renard s'excusa sur son peu de savoir.
Mes parents, reprit-il, ne m'ont point fait instruire;
Us sont pauvres, et n'ont qu'un trou pour tout avoir ;
Ceux du loup, gros messieurs, l'ont fait apprendre à lire.
Le loup, par ce discours flatté ,
S'approcha. Mais sa vanité Lui coûta quatre dents : le cheval lui desserre Un coup ; et haut le pied. Voilà mon loup par terre ;
Mal en point, sanglant, et gâté.
Frère , dit le renard , ceci nous justifie
Ce que m'ont dit des gens d'esprit :
Cet animal vous a sur la mâchoire écrit Que de tout inconnu le sage se m,éfie.
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Lu Renard, et les PouleU dinde/
Contre les assauts d'un renard Un arbre à des dindons servoit de citadelle. Le perfide ayant fait tout le tour du rempart ,
Et YU chacun en sentinelle , S^écria : Quoi ! ces gens se moqueront de moi ! Eux seuls seront exempts de la commune loi ! Non, par tous les dieux ! non. n accomplit son dire. La lune , alors luisant , sembloit , contre le sire > Vouloir favoriser la dindonnière gent.
Lui , qui n'étoit novice au métier d'assiégeant , Eut recours à son sac de ruses scélérates , Feignit vouloir gravir, se guinda sur ses pattes , Puis contrefit le mort , puis le ressuscité.
* Le duc de Bourgogne , Thèmes { manascrila de la bibliothèque du Roi , n« 8511, fol. i) ; imprimé dans Robert , tables inédiles , t. Il, p. 3TS, PuUi Indici et Vulpes.
\ Arlequin n'eût exécuté
Tant de différents personnages.
Il élevoit sa queue , il la faisoit briller , Et cent mille autres badinages,
Pendant quoi nul dindon n'eût osé sommeiller.
L'ennemi les lassoit en leur tenant la vue Sur même objet toujours tendue.
Les pauvres gens étant à la longue éblouis ,
Toujours il en tomboit quelqu'un : autant de pris ,
Autant de mis à part : près de moitié succombe.
Le compagon les porte en son garde-manger.
Le trop d'attention qu'on a pour le danger Fait le plus souvent quon y tombe.
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Le Singe.
Il est un singe dans Paris A qui l'on avoit donné femme ; Singe en effet d'aucuns maris , Il la battoit. La pauvre dame
En a tant soupiré, qu'enfin elle n'est plus. Leur fils se plaint d'étrange sorte , Il éclate en cris superflus :
Le père en rit , sa femme est morte ; U a déjà d'autres amours , Que l'on croit qu'il battra toujours;
Il hante la taverne , et souvent il s'enivre.
N'attendez rien de bon du peuple imitateur , Qu'il soit singe ou qu'il fasse un livre : La pire espèce , c'est l'auteur.
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Le Philosophe scythe.*
Un philosophe austère , et né dans la Scythle , Se proposant de suivre une plus douce yie , Voyagea chez les Grecs » et vit en certains lieux Un sage assez semblable an vieillard de Virgile , ** Homme égalant les rois, homme approchant des dieux , Et , comme ces derniers » satisfait et tranquille. Son bonheur consistoit aux beautés d'un jardin. Le Scythe Ty trouva qui , la serpe à la main , De ses arbres à fruit retranchoit Tinutlle , Ëbrancholt, émondoit, Atoitceci, cela.
Corrigeant partout la nature , Excessive à payer ses soins avec usure.
Le Scythe alors lui demanda Pourquoi cette ruine : étoit-il d'homme sage De mutiler ainsi ces pauvres habitants?
» Aal. Geim, Noct. Attic., lib. XIX, cap. xii, p. AS% édit. Lipsi», 1769, in-R. '* Géorgiques, llv. IV, v. Ii7-I38.
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