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Quittez-moi votre serpe , instrument de dommage ;
Laissez agir la fauz du Temps :
Ils iront assez tôt border le noir rivage. J'ôte le superflu, dit l'autre ; et l'abattant,
Le reste en profite d'autant.
Le Scythe , retourné dans sa triste demeure, Prend la serpe à son tour, coupe et taille à toute heure : Conseille à ses voisins, prescrit à ses amis
Un universel abattis.
Il ôte de chez lui les branches les plus belles, n tronque son verger contre toute raison ,
Sans observer temps ni saison ,
Lunes ni vieilles ni nouvelles.
Tout languit et tout meurt.
Ce Scythe exprime bien
Un indiscret stoïcien :
Celui-ci retranche de l'ame Désirs et passions , le bon et le mauvais ,
Jusqu'aux plus innocents souhaits.
Contre de telles gens , quant à moi , je réclame. Ils Atent à nos cœurs le principal ressort ; Ils font cesser de vivre avant que l'on soit mort.
L'Élépliant, et le Singe de Jupiter.
Autrefois l'éléphant et le rhinocéros,
En dispute du pas et des droits de l'empire ,
Voulurent terminer la querelle en champ clos.
Le jour en étoit pris, quand quelqu'un vint leur dire
Que le singe de Jupiter, Portant un caducée , avoit paru dans l'air. Ce singe avoit nom Gille , à ce que dit l'histoire.
Aussitôt l'éléphant de croire
Qu'en qualité d'ambassadeur
Il venoit trouver sa grandeur.
Tout fier de ce sujet de gloire, Il attend maître Gille , et le trouve un peu lent
A lui présenter sa créance.
Maître Gille enfin , en passant ,
Va saluer son excellence.
L'autre étoit préparé sur la légation ;
Mais pas un mot. L'attention Qu'il croyoit que les dieux eussent à sa querelle
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N'agiloit pas encor chez eux cette nouvelle.
Qu'importe à ceux du firmament
Qu'on soit mouche ou bien éléphant?
Il se vit donc réduit à commencer lui-même. Mon cousin Jupiter, dit-il , verra dans peu Un assez beau combat , de son trône suprême ;
Toute sa cour verra beau jeu.
Quel combat? dit le singe avec un front sévère. L*éléphant repartit : Quoi I vous ne savez pas Que le rhinocéros me dispute le pas ; Qu*Éléphantide a guerre avecque Rhinocère ? Vous connoissez ces lieux , ils ont quelque renom. Vraiment je suis ravi d'en apprendre le nom , Repartit maître Gille : on ne s'entretient guère De semblables sujets dans nos vastes lambris.
L'éléphant , honteux et surpris , Lui dit : Eh 1 parmi nous que venez-vous donc faire ? — Partager un brin d'herbe entre quelques fourmis : Nous avons soin de tout. Et quant à votre affaire , On n'en dit rien encor dans le conseil des dieux : Les petits et les grands sont égaux à leurs yeux.
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Un Fou et un Sage.*
Certain fou poursuivoit à coups de pierre un sage. Le sage se retourne , et lui dit : Mon ami , C'est fort bien fait à toi ; reçois cet écu-ci. Tu fatigues assez pour gagner davantage ; Toute peine , dit-on , est digne de loyer : Vois cet homme qui passe , il a de quoi payer; Adresse-lui tes dons , ils auront leur salaire. Amorcé par le gain , notre fou s'en va faire
Même insulte à l'autre bourgeois.
On ne le paya pas en argent cette fois. Maint estafier accourt : on vous happe notre honmie,
On vous l'échiné , on vous l'assomme.
Auprès des rois il est de pareils fous :
* Phsdr., 111, 5, Msopus et Pelulans.
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A vos dépens ils font rire le maître.
Pour réprimer leur babil , irez-vous Les maltraiter? Vous n'êtes pas peut-être Assez paissant. Il faut les engager A s'adresser à qui peut se venger.
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Le Renard Anglois.
A MADAME HARVKY.
Le bon cœur est chez vous compagnon da bon sens ; Avec cent qualités trop longues à déduire , Une noblesse d*ame , un talent pour conduire
Et les affaires et les gens « Une humeur franche et libre , et le don d'être amie Malgré Jupiter même et les temps orageux , Tout cela méritoit un éloge pompeux :
Il en eût été moins selon votre génie ; La pompe vous déplatt, Téloge vous ennuie. J'ai donc fait celui-ci court et simple. Je veux
Y coudre encore un mot ou deux
En faveur de Votre patrie :
Vous l'aimez. Les Anglois pensent profondément ; Leur esprit , en cela , suit leur tempérament ;
* Abstemius, 146, de Vulpe capia à Cane, dum se moriuam simulai.
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Creusant dans les sujets , et forts d'expériences , Ils étendent partout l'empire des sciences. Je ne dis point ceci pour vous faire ma cour : Vos gens , à pénétrer, l'emportent sur les autres ;
Même les chiens de leur séjour
Ont meilleur nez que n'ont les nôtres. Vos renards sont plus fins ; je m'en vais le prouver
Par un d'eux , qui , pour se sauver ,
Hit en usage un stratagème Non encor pratiqué , des mieux imaginés.
Le scélérat, réduit en un péril extrême ,
Et presque mis à bout par ces chiens au bon nez ,
Passa près d'un patibulaire.
Là, des animaux ravissants, Blaireaux , renards , hiboux , race incline à mal faire , Pour l'exemple pendus , instruisoient les passants. Leur confrère , aux abois, entre ces morts s'arrange. Je crois voir Annibal y qui , pressé des Romains , Met leur chef en défaut, ou leur donne le change , Et sait , en vieux renard , s'échapper de leurs mains.
Les clefs de meute, * parvenues A l'endroit où pour mort le traître se pendit , Remplirent l'air de cris : leur maître les rompit, Bien que de leurs abois ils perçassent les nues. Il ne put soupçonner ce tour assez plaisant. Quelque terrier, dit-il, a sauvé mon galant;
'Terme de vénerie, pour désigner les chiens qui relèvent de défaut les autres chiens-
Mes chiens n'appellent point au-delà des colonnes
Où sont tant d*honn6tes personnes, n y viendra , le drAle I II y vint, à son dam.
Voilà maint basset clabandant ; Voilà notre renard au charnier se guindant. Maître pendu croyoit qu'il en iroit de même Que le jour qu'il tendit de semblables panneaux : Mais le pauvret» ce coup , y laissa ses bouseaux. " Tant il est vrai qu'il faut changer de stratagème ! Le chasseur , pour trouver sa propre sûreté , N'auroit pas cependant un tel tour inventé ; Non point par peu d'esprit ; est-il quelqu'un qui nie Que tout Anglois n'en ait bonne provision?
Mais le peu d'amour pour la vie
Leur nuit en mainte occasion.
Je reviens à vous , non pour dire
D'autres traits sur votre sujet ;
Tout long éloge est un projet
Peu favorable pour ma lyre :
Peu de nos chants , peu de nos vers , Par un encens flatteur amusent l'univers , Et se font écouter des nations étranges.**
Votre prince *** vous dit un jour
Qu'il aimoit mieux un trait d'amour
* Genre de chaussure. — Expression proverbiale TOiilant dire qn^l y mourut .
^ * Le mot étrange pris dans le sens d'étranger était déjà Tielll da tempe de La Fontaine.
••• Cliarles n.
Que quatre pages de louanges.
Agréez seulement le don que je vous fais
Des derniers efforts de ma muse.
C'est peu de chose ; elle est confuse
De ces ouvrages imparfaits.
Cependant ne pourriez-vous faire
Que le même hommage pût plaire A celle qui remplit vos climats d'habitants
Tirés de nie de Cythère?
Vous voyez par-là que j'entends Mazarin/ des Amours déesse tutélaire.
* Hortense MancinI, duchesM de Mazarin, née a Rome en 1646, et morte à Chelsey, près de Londres, le i Juillet 1699.
te Soleil et les Grenouilles.*
Les filles du limon tiroient da roi des astres
Assistance et protection :
Guerre ni pauvreté , ni semblables désastres , Ne pouvoient approcher de cette nation ; Elle faisoit valoir en cent lieux son empire. Les reines des étangs , grenouilles veux-je dire ,
(Car que coûte-t-M d'appeler
Les choses par noms honorables? ) Contre leur bienfaiteur osèrent cabaler ,
Et devinrent insupportables.
L'imprudence , l'orgueil , et l'oubli des bienfaits ,
Enfants de la bonne fortune , Firent bientôt crier cette troupe importune :
On ne pouvoit dormir en paix.
* Le P. Gommire, Sol et Hanœ. — Voyez encore ci -dessus la fable m do livre VI.
SiX 9S)-J.KZII. nsif 2I.XS 'aiUrST£^VSlIi2UËS
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