LIVK^ XII, FABLE XXVII
« Ce 90Dt ses amis ; il nous laisse. » Ces plaintes D*étoient rien au prix de rembarras Où se trouva réduit Tappointeur de délNits : Aucun n*étoit content , la sentence arbitrale
A nul des deux ne convenoit :
Jamais le juge ne tenoit
A leur gré la balance égale :
I>e semblables discours rebutoiént Tappointeur : Il court aux hôpitaux , va voir leur directeur. Tous deux ne recueillant que plainte et que murmure , AflDigés , et contraints de quitter ces emplois , Vont confier leur peine au silence des bois. Là , sous d'âpres rochers , près d'une source pure , L ieu respecté des vents , ignoré du soleil , Ils trouvent l'autre saint , lui demandent conseil. Il faut , dit leur ami , le prendre de soi-même.
Qui, mieux que vous, sait vos besoins?
Apprendre à se connottre est le premier des soins Qu'impose à tout mortel la majesté suprême. Vous êtes-vous connus dans le monde habité? L'on ne le peut qu'aux lieux pleins de tranquillité : Chercher ailleurs ce bien est une erreur extrême.
Troublez l'eau : vous y voyez-vous?
Agitez celle-ci. — Comment nous verrions-nous?
La vase est un épais nuage Qu'aux effets du cristal nous venons d'opposer. Mes frères, dit le saint, laissez-la reposer ,
Vous verrez alors votre image.
Pour vous mieux contempler , demeurez au désert.
Ainsi parla le solitaire.
Il fut cru ; Ton suivit ce conseil salutaire.
Ce n'est pas qu'un emploi ne doive être souffert. Puisqu'on plaide et qu'on meurt , et qu'on devient malade, Il faut des médecins , il faut des avocats ; Ces secours, grâce à Dieu, ne nous manqueront pas: Les honneurs et le gain , tout me le persuade. Cependant on s'oublie en ces communs besoins. 0 vous ! dont le public emporte tous les soins.
Magistrats , princes , et ministres , Vous que doivent troubler mille accidents sinistres , Que le malheur abat, que le bonheur corrompt. Vous ne vous voyez point, vous ne voyez personne. Si quelque bon moment à ces pensers vous donne.
Quelque flatteur vous interrompt.
Cette leçon sera la Bn de ces ouvrages : Puisse-t-elle être utile aux siècles à venir ! Je la présente aux rois , je la propose aux sages : Par oA saurois-je mieux finir?