LIVHE XII, FABLE XXIV
Si l'on eût cru lear murmure ,
Elles auroient, par leurs cris.
Soulevé grands et petits
Contre l'œil de la nature.
Le soleil , à leur dire , alloit tout consumer ; Il falloit promptement s'armer, Et lever des troupes puissantes.
Aussitôt qu'il faisoit un pas.
Ambassades coassantes
Alloient dans tous les états :
A les ouïr , tout le monde ,
Toute la machine ronde
Rouloit sur les intérêts
De quatre méchants marais.
Cette plainte téméraire
Dure toujours ; et pourtant
Grenouilles doivent se taire ,
Et ne murmurer pas tant :
Car si le soleil se pique ,
U le leur fera sentir ;
La république aquatique
Pourroit bien s'en repentir.
La Ligue des EaU.
Une souris craigaoit un chat Qui dès long-temps la guettoit au passage. Que faire en cet état? Elle, prudente et sage. Consulte son voisin : c'étoit un mattre rat , Dont la rateuse seigneurie S'étoit logée en bonne hôtellerie , Et qui cent fois s'étoit vanté , ditHMi , De ne craindre ni chat , ni chatte , Ni coup de dent , ni coup de patte.
Dame souris , lui dit ce fanfaron , Ma foi ! quoi que je fasse , Seul , je ne puis chas^r le chat qui vous menace : Mais assemblons tous les rats d'alentour , Je lui pourrai jouer d*un mauvais tour. La souris fait une humble révérence ; Et le rat court en diligence A ToiBce, qu'on nomme autrement la dépense^
Où maints rats assemblés Faisoient, aux frais de l'hAte , une entière bombance, il arrive , les sens troublés ,
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Et toas les poumons essoufflés.
Qtt'avez-vons doue? lui dit un de ces rats ; parlez. En deux mots » répond-il , ce qui fait mon voyage, C'est qu'il faut promptement secourir la souris ; Car Raminagrobis Fait en tous lieux un étrange carnage.
Ce chat , le plus diable des chats , S'il manque de souris , voudra manger des rats. Chacun dit : Il est vrai. Sus I sus ! courons aux armes ! Quelques rates,* dit-on , répandirent des larmes. N'importe , rien n'arrête un si noble projet :
Chacun se met en équipage ; Chacun met dans son sac un morceau de fromage ; Chacun promet enfln de risquer le paquet.
Ils alloient tous comme à la fête ,
L'esprit content, le cœur joyeux.
Cependant le chat , plus fin qu'eux , Tenoit déjà la souris par la tête.
Ils s'avancèrent à grand pas
Pour secourir leur bonne amie :
Mais le chat, qui n'en démord pas , Gronde, et marche au-devant de la troupe ennemie.
A ce bruit , nos très prudents rats »
Craignant mauvaise destinée , Font, sans pousser plus loin leur prétendu fracas,
Une retraite fortunée.
Chaque rat rentre dans son trou ; Et si quelqu'un en sort, gare encor le matou.
* Mot forgé par l*auteur.
Daphois et Àlcimadure.
IHITATIOa DM TaîOCKITI.*
A MÂDAMl Ofi LA MBjkAVOBKE.
Aimable fille d'une mère A qui seule aujourd'hui mille cœurs font la cour, Sans ceux que l'amitié rend soigneux de vous plaire , Et quelques-uns encor que vous garde l'amour,
Je ne puis qu'en cette préface
Je ne partage entre elle et vous Un peu de cet encens qu'on recueille au Parnasse , Et que j'ai le secret de rendre exquis et doux.
Je vous dirai donc... Mais tout dire ,
Ce seroit trop ; il faut choisir,
Ménageant ma voix et ma lyre , Qui bientôt vont manquer de force et de loisir. Je louerai seulement un cœur plein* de tendresse ,
' Tbéocrito » idyllo xviii.
:t!'À\]î>,H:)^:i.s. 2R-3f j,.)G'.ri'nmA^Q'T)ïJ?-
Ces nobles sentiments , ces grâces » cet esprit : Vous n'auriez en cela ni maître ni maltresse , Sans celle dont sur vons Téloge rejaillit.
Gardez d'environner ces roses
De trop d'épines , si jamais
L'Àmonr vous dit les mêmes choses :
Il les dit mieux que je ne fais ; Aussi sait-il punir ceux qui ferment l'oreille
A ses conseils. Vous l'allez voir.
Jadis une jeune merveille Méprisoit de ce dieu le souverain pouvoir :
On l'appeloit Alcimadure :
Fier et farouche objet, toujours courant aux bois. Toujours sautant aux prés , dansant sur la verdure ,
Et ne connoissant autres lois Que son caprice ; au reste, égalant les plus belles.
Et surpassant les plus cruelles ; N'ayant trait qui ne plût, pas même en ses rigueurs : Quelle l'eût-on trouvée au fort de ses faveurs ! Le jeune et beau Daphnis , berger de noble race , L'aima pour son malheur : jamais la moindre grâce Ni le moindre regard , le moindre mot enfin , Ne lui fut accordé par ce cœur inhumain. Las de continuer une poursuite vaine ,
n ne songea plus qu'à mourir.
Le désespoir le fit courir
A la porte de l'inhumaine.
Hélas ! ce fut aux vents qu'il raconta sa peine ;
On ne daigna lui faire ouvrir
Cette maison fatale où , parmi ses compagnes. L'ingrate , ponr le jour de sa nativité ,
Joignoit aux fleurs de sa beauté Les trésors des jardins et des vertes campagnes. J'espérois , cria-t-il , expirer à vos yeux ;
Mais je vous suis trop odieux , Et ne m'étonne pas qu'ainsi que tout le reste Vous me refusiez même un plaisir si funeste. Mon père , après ma mort (et je l'en ai chargé)
Doit mettre à vos pieds l'héritage
Que votre cœur a négligé.
Je veux que l'on y joigne aussi le pâturage ,
Tous mes troupeaux , avec mon chien ;
Et que du reste de mon bien
Mes compagnons fondent un temple
Où votre image se contemple, Renouvelant de fleurs l'autel à tout moment : J'aurai près de ce temple un simple monument :
On gravera sur la bordure :
<r Daphnis mourut d'amour. Passant, arrète-toi, « Pleure , et dis : Celui-ci succomba sous la loi
(T De la cruelle Àlcimadure. »
A ces mots , par la Parque il se sentit atteint : n auroit poursuivi ; la douleur le prévint. Son ingrate sortit triomphante et parée. On voulut , mais en vain , l'arrêter un moment Pour donner quelques pleurs au sort de son amant : Elle insulta toujours au fils de Cythérée , Menant dès ce soir même , au mépris de ses lois , Ses compagnes danser autour de sa statue.
Le dieu tomba sur elle , et l'accabla du poids :
Une voix sortit de la nue , Écho redit ces mots dans les airs épandus : « Que tout aime à présent : l'insensible n'est plus. » Cependant de Daphnis Tombre au Styx descendue Frémit, et s'étonna la voyant accourir. Tout FËrèbe entendit cette belle homicide S'excuser au berger , qui ne daigna Touîr Non plus qu*Ajax Ulysse , et Oidon son perBde.
Le Juge arbitre, rHospitalier, et le Solitaire.*
Trois saints, également jaloux de leur salut ,
Portés d'un même esprit , tendoient à même but.
Ds s'y prirent tous trois par des routes diverses :
Tous chemins vont à Rome ; ainsi nos concurrents
Crurent pouvoir choisir des sentiers différents.
L'un , touché des soucis , des longueurs , des traverses ,
Qu'en apanage on voit aux procès attachés.
S'offrit de les juger sans récompense aucune ,
Peu soigneux d'établir ici-bas sa fortune.
Depuis qu'il est des lois , l'homme , pour ses péchés ,
Se condamne à plaider la moitié de sa vie :
La moitié , les trois quarts 1 et bien souvent le tout.
Le conciliateur crut qu'il viendroit à bout
De guérir cette folle et détestable envie.
Le second de nos saints choisit les hôpitaux.
Je le loue ; et le soin de soulager les maux
Est une charité que je préfère aux autres.
Les malades d'alors , étant tels que les nôtres ,
Donnoient de l'exercice au pauvre hospitalier ;
Chagrins, impatients, et se plaignant sans cesse :
c< Il a pour tels et tels un soin particulier ,
* Arnaald d'Andilly, Vies des saints Pères dudéseri.
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