‹ Fables (volume 3)Chapitre 34 sur 54 · PHILEMON · texte numérisé non relu

PHILEMON

Avoient uoi leurs cœurs dès leur plus doux printemps : Ni le temps ni Thyraen n'éteignirent leur flamme ; Clothon prenoit plaisir à filer cette trame. Ils surent cultiver, sans se voir assistés. Leur enclos et leur champ par deux fois vingt étés. Eux seuls ils composoient toute leur république : Heureux de ne devoir à pas un domestique Le plaisir ou le gré des soins qu'ils se rendoient ! Tout vieillit : sur leur front les rides s'étendoient ; L'amitié modéra leurs feux sans les détruire , Et par des traits d'amour sut encor se produire. Ils habitoient un bourg plein de gens dont le cœur Joignoit aux duretés un sentiment moqueur. Jupiter résolut d'abolir cette engeance.

Il part avec son fils, le dieu de l'éloquence ; Tous deux en pèlerins vont visiter ces lieux. Mille logis y sont, un seul ne s'ouvre aux dieux. Prêts enfin à quitter un séjour si profane , Ils virent à l'écart une étroite cabane , Demeure hospitalière, humble et chaste maison. Mercure frappe : on ouvre. Aussitôt Philémon Vient au-devant des dieux , et leur tient ce langage : Vous me semblez tous deux fatigués du voyage , Reposez-vous. Usez du peu que nous avons ; L'aide des dieux a fait que nous le conservons : Usez-€n. Saluez ces pénates d'argile :

Jamais le ciel ne fut aux humains si facile Que quand Jupiter même étoit de simple bois ; Depuis qu'on Ta fait d'or, il est sourd à nos voii. Baucis , ne tardez point , faites tiédir cette onde :

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