‹ Fables (volume 3)Chapitre 35 sur 54 · ET BAUCIS · texte numérisé non relu

ET BAUCIS

Encor que le pouvoir an désir ne réponde ,

Nos hôtes agréeront les soins qui leur sont dus.

Quelques restes de feu sous la cendre épandus

D*un soufiSe haletant par Baucis s'allumèrent :

Des branches de bois sec aussitôt s*enflammèrent.

L*6nde tiède , on lava les pieds des voyageurs.

Philémon les pria d'excuser ces longueurs :

Et pour tronaper Fennui d'une attente importune ,

Il entretint les dieux , non point sur la fortune ,

Sur ses jeux , sur la pompe et la grandeur des rois ;

Mais sur ce que les champs, les vergers et les bois

Ont de plus innocent, de plus doux , de plus rare.

Cependant par Baucis le festin se prépare.

La table où l'on servit le champêtre repas

Fut d'ais non façonnés à l'aide du compas :

Encore assure-t-on , si l'histoire en est crue ,

Qu'en un de ses supports le temps Tavoit rompue.

Baucis en égala les appuis chancelants

Du débris d'un vieux vase , autre injure des ans.

Un tapis tout usé couvrit deux escabelles :

Il ne servoit pourtant qu'aux fêtes solennelles.

Le linge orné de fleurs fut couvert, pour tous mets ,

D'un peu de lait , de fruits, et des dons de Cérès.

Les divins voyageurs , altérés de leur course ,

Méloient au vin grossier le crystal d'une source.

Plus le vase versoit, moins il s'alloit vidant.

Philémou reconnut ce miracle évident ;

Baucis n'en fit pas moins : tous deux s'agenouillèrent ;

A ce signe d'abord leurs yeux se dessillèrent.

Jupiter leur parut avec ces noirs sourcils

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