ET BAUCIS
Encor que le pouvoir an désir ne réponde ,
Nos hôtes agréeront les soins qui leur sont dus.
Quelques restes de feu sous la cendre épandus
D*un soufiSe haletant par Baucis s'allumèrent :
Des branches de bois sec aussitôt s*enflammèrent.
L*6nde tiède , on lava les pieds des voyageurs.
Philémon les pria d'excuser ces longueurs :
Et pour tronaper Fennui d'une attente importune ,
Il entretint les dieux , non point sur la fortune ,
Sur ses jeux , sur la pompe et la grandeur des rois ;
Mais sur ce que les champs, les vergers et les bois
Ont de plus innocent, de plus doux , de plus rare.
Cependant par Baucis le festin se prépare.
La table où l'on servit le champêtre repas
Fut d'ais non façonnés à l'aide du compas :
Encore assure-t-on , si l'histoire en est crue ,
Qu'en un de ses supports le temps Tavoit rompue.
Baucis en égala les appuis chancelants
Du débris d'un vieux vase , autre injure des ans.
Un tapis tout usé couvrit deux escabelles :
Il ne servoit pourtant qu'aux fêtes solennelles.
Le linge orné de fleurs fut couvert, pour tous mets ,
D'un peu de lait , de fruits, et des dons de Cérès.
Les divins voyageurs , altérés de leur course ,
Méloient au vin grossier le crystal d'une source.
Plus le vase versoit, moins il s'alloit vidant.
Philémou reconnut ce miracle évident ;
Baucis n'en fit pas moins : tous deux s'agenouillèrent ;
A ce signe d'abord leurs yeux se dessillèrent.
Jupiter leur parut avec ces noirs sourcils