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Jean de La Fontaine naquit à Château-Thierry le 8 juillet 4 624 / Les premières années de sa vie n*eurent rien de remarquable , rien qui parût annoncer ce qu*il devoit ôtre un jour. Élevé par des maîtres qui n'avoient pas , comme Socrate, l'art de faire enfantei' les esprits, et d'en deviner, par une finesse de tact et d'instinct 1res difficile à acquérir, le caractère propre et particulier , il resta vingt-deux ans dins une espèce d'inertie qui , s il eût été moins heureusement né, auroit éteint le feu de son imagination, et peut-être entièrement brisé les ressorts les plus utiles , les plus actifs et les plus puissants de Tamé , l'intérêt et les passions. Mais il est des hommes privilégiés que les préjugés^ le pédantisme et les vues étroites de ceux auxquels on confie ordinairement l'institution de la jeunesse , ne peuvent poiut abrutir : la société offre quelques exemples de ce fait, et La Fontaine en est un.
Montaigne dit que « nos âmes sont desnonées à vingt ans « ce qu'elles doivent estre, et quelles promettent tout ce • qu'elles pourront ». Il ajoute que « jamais ame qui n'ait donné « en cet aage-là arrhe bien évidente de sa force, n'en donna de-
* Son père , Charles de La Fontaine , avoit été maître des eanz et fortls ; et sa mère, Françoise Pidonz , étoit fiUe do )>aiHi de Goalommiers. II. ' M
« puis la preuye. t Celle observation eslsouyent traie ; mais elle csl^ oomme toutes les règles générales, svyetteà plusieurs exceptions ) dont La Fontaine n*est pas , sans doute , une des moins remarquables. A Tâge de vinglnleux ans il étoit encore Ignoré dans la république des lettres, et l'on étoit même bien éloigné de prévoir qu'il dût un jour en faire un des principaux ornenements , lorsqu'une harmonie , dont le charme lui étoit inconnu, vint frapper son oreille étonnée , et lui apprendre qu'il étoit né poète. Ces sortes de hasards ne sont que pour les hommes de génie , ils n'agissent point sur les esprits vulgaires : c'est l'étincelle qui embrase la poudre , et qui s'éteint sur la pierre ou dans l'eau.
Ses premiers essais, dans un art où il devoit bientôt surpasser ses modèles, furent autant d'imitations fidèles des beauté, des défauts mfime , de celui qu'il avoit pris pour maître, et sur les traces duquel il ftit près de s'égarer.
Il lut ensuite nos vieux poètes françois pour se familiariser avec leur langue et s'en approprier les tours les plus heureux. Marot le charma par la naïveté de son style ; et ce mérite réel , joint a quelques bonnes épîgrammes que celles de Rousseau n'ont pas fait négliger, a préservé jusqu'à présent ses ouvrages de l'oubli auquel les changements arrivés depuis dans la langue françoise et dans les principes du goût, par les progrès des lumières, sembloient devoir le condamner. La Fontaine s'est pin souvent "k l'imiter ; et l'en yoit par ses fables combien il doit b cet auteur dont il ne dédaigne pas même de s'avouer le disciple. Mais de tous ceux qui ont ranimé en France l'amour des lettres, et entretenu par leurs travaux cette espèce de feu sacré à la conservation duquel la gloire et la prospérité des empires sont nécessairement liées, Rabelais étoit celui qu'il préféroit. Cet écrivain Ingénieux , que Boileau appeloil la raison habillée en masque, faisoit ses délices : on dit même qu il CadmiroH follement. Quoi qu'il en soit , il est aisé de voir qu'un homme da caractère de La Fontaine devoit se plaire beaucoup à la lecture d'un ouvrage où l'on trouve des connoissances très variées, une érudition vaste, un style original, des principes de politique et
de morale 1res sensés, quelquefois môme très sévères, une critique fine, vive, et enjouée, desridicnfes et des vices du temps , une infinité de contes , d'anecdotes et de plaisanteries de très bon goût et du meilleur ton, qu'on aime toujours k se rappeler, et qu'on n'eutend jamais citer sans plaisir.
Ces auteurs , auxquels il faut joindre encore Bocace, FÂnoste, et ÏAâtrée de M. d'Urfé, Toccupoient alors tout entier : mais un de ses parents , assez instruit , (ui donna le sage conseil de ne pas se borner aux écrivains de sa nation, et de lire, de méditer sans cesse Lucrèce, Virgile, Horace , et Térence, qui , au jugement de Montaigne, tiennent de bien loing le premier rang en la poéiie, et dont le nom sert encore d*éloge k ceux qui se distinguent dans quelques uns des genres où ils ont excellé. La Fontaine profita de cette utile leçon, et bientôt il sut par cœur les plus beaux endroits de leurs ouvrages.
C'est alors que son enthousiasme |)Our Malherbe s'affoiblit ; il trouva , pour me servir de ses termes, qu'il péchait par être trop beau, ou plutôt trop embelli.
11 voulut ensuite lire Homère, dont Horace et QuintiHen lui avoient donné par des côtés et sous des rapports très divers une si haute idée, et il reconnut dans ses poèmes la source et le modèle de la plupart des beautés qu^il avoit admiréios dans FÉnéide.
Enfin Plutarqoe, et Platon qu'il appelle quelque part/e plus grand de$ anrnseurs, contribuèrent encore b former son jugement, h régler ses opinions. Cette raison saine et pure qui brille Sans la plupart de ses fables, cet amour de Tordre ou du beau en général, qui, selon Texpression d*un ancien, n'est que l'éclat du bon , il les puisa, ou plutôt il les perfectionna, dans leurs mâles écrits. C'est le précepte d'Horace mis en action ; on sait qu'il recommande expressément aux poètes la lecture des philosophes, comme d'excellents guides en morale, et les seuls dont les leçons, jointes à celles do l'expérience, qne rien ne peut suppléer, puissent les avancer vers la connoissance de Thomme et de ses rapports , et élever leur esprit b des vérités générales non moins utiles, et sans lesquelles leurs vers vides d-idées ne sont que des bagatelles harmonieuses.
Tels fureiU les maîtres de La Fontaine dans l'art d'écrire et de penser. J*aî cru devoir insister particnlièrement sur cette époqne importante de sa vie, parce qu'elle influa beaucoup dans la suite sur le mérite et le caractère de ses ouvrages.
Quoique les pièces fugitives par lesquelles il se flt omnottre offrent des détails agréables et des vers heureux, elles ne peuvent servir qu'à mesurer la distance qui les séparede ses fables, auxquelles il doit presque toute sa réputation, ou du moins la partie la plus brillante et la mieux assurée de cette réputation. C'est Ik que, donnant un libre essor à son génie, on le vit toutk-coup , s'éveiilant comme d'un profond soomieil , ouvrir aux yeux de son siècle une source féconde de plaisirs et d'instruction , se frayer de nouvelles routes dans une carrière où les anciens Tavoient devancé, annoncer un talent plus rare encore, celui d'être naturel et original même en imitant , et porter son art a un degré de perfection que personne encore n'a pu atteindre.
La Fontaine se plaçoit fort au-dessous d'Ésope et de Phèdre : mais cet aven public de leur supériorité étoit-il bien sincère? c'est ce qu'il est difficile de se persuader. Il me semble qu'il y a dans Thomme de génie, quelle que soit la chose k laquelle la nature le destine exclusivement , une con$cience, un sentiment plus ou moins développé de sa propre force, qui correspond en lui à toute Tactivité de l'instinct par lequel l'animal est averti de la sienne. La modestie , qui n'est que l'emploi continuel et réfléchi des moyens les plus propres à cacher aux autres sa supériorité, l'usage du monde , le besoin qu'on a de l'estime et de l'amitié de ses semblables , apprennent a ne point blesser leur vanité, à passer, pour ainsi dire, auprès de leur amour-propre sans le choquer : mais ils n'apprennent point k s'ignorer soimême ; ils n'empêchent point de sentir tout ce qu'on vaut, et même d'en faire souvenir quelquefois ceux qui seroient tentés de l'oublier. La Fontalue est peut-être une exception k ces règles générales , qui ne sont au fond que des résultats de la nature humaine bien observée. Accoutumé dès l'enfance k regarderies anciens conmie ses maîtres, a croire que le terme où ils s'étoient
arrêtes dans tOQs les geûres étoit le dernier, et^qa'il a y ayoit rien au-delà , il a pu , par une suite nécessaire de cette prévention habituelle, mal juger de la distance h laquelle il voyoit ces objets si imposants ; et c'est ce qui a fait dire k Fontenelle ce mot plaisant, et qui exprime si finement Textrôme simplicité de La Fontaine^ que cet auteur ne le cédoit ainsi à Phèdre que par bêtise. En effet, il suffit, pour s'en convaincre, de comparer un moment entre eux ces deux poètes.
Phèdre n'a ni la vérité, ni l'enjouement, ni la naïveté de La Fontaine : trois qualités également essentielles, dont la dernière surtout convient particulièrement k la fable. 11 est moins rapide et moins vif que lui dans ses récits. Son style pur et concis, mais uniforme, froid et sans couleur , a je ne sais quoi de gr^ve et de sévère qui convient mieux au poème didactique qu'a l'apologue, où il faut de la facilité, et même une sorte de négligence et de familiarité, qui a sa limite invariable, comme tout ce qui est bien dans quelque genre que ce soit. Il ne connolt ni l'art d'intéresser ses lecteurs par des images qui leur rappellent des sensations douces , ou par la peinture de certains phénomènes de la nature aussi difficiles a observer qu'à décrire ; ni celui d'indiquer d'un mot des rapports secrets entre les objets les plus éloignés , et de fait>e sortir de ces rapprochements ingénieux une moralité fine , et d'autant plus piquante qu'elle est plus détournée et plus imprévue. Ses fables sont Touvrage d'un écrivain correct et châtié , dont Tame honnête et droite, mais toujours égale et tranquille, ne se passionne ni contre le vice ni pour la vertu : on les lit avec plaisir la première fois ; mais on ne se sent pas tourmenté du désir de les relire une seconde, une troisième , une centième , comme celles de La Fontaine. Celuici a plus d'imagination , plus de verve et plus de connoissances que Phèdre ; il a vu et comparé plus d'objets , rassemblé plus de faits : observateur scrupuleni^ de ces convenances dont la réunion forme ce qu'on appelle la vérité en poésie comme en peinture , ses personnages , quels qu'ils soient , disent presque toujours ce qu'ils doivent dire dans leur position. 11 a su donner à son dialogue cette précision^ ce naturel, une des plus rares
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qualités da style . même dans les meilleurs écrivains , et peulétre la seule qu'où n'acquiert point par Tétude. H faut lire ses vers pour connoltre toutes les ressources de notre langue, et la variété des formes dont elle est susceptible lorsqu'elle est maniée par un homme de génie. On trouve dans plusieurs de ses fables l'élégance et la sensibilité de TibuUe ; dans d'autres, le nombre et l'harmonie de Virgile ; ici , la délicatesse d*Horace , son esprit, son goût ; là, cette finesse de réflexion qui rend les ouvrages de cet ancien poète si utiles, ai agréables : en un mot, La Fontaine a toutes les sortes de style , et , dans chacun , les beautés qui lui sont propres , sans excepter môme les mouvements les plus pathétiques et les plus impétueux de l'éloquence. A l'égard du peu de succès de ses fables dans un siècle d'ailleurs aussi éclairé que celui de Louis IIV , on en est d'abord étonné ; car on ne peut nier qu'elles n'aient trouvé plus d'admirateurs parmi nous que parmi ses contemporains , qu'elles n'y soient plus lues , plus goûtées, mieux appréciées, plus senties. Mais il me semble que ce fait s'explique très naturellement , et qu'on en peut rendre ces deux raisons. La première, c'est qu'un bon livre dans un genre où personne encore ne s'est exercé, unr grande découverte dans les sciences ou dans les arts, en un mot un homme de génie poète ou philosophe , géomètre ou mécanicien, est une espèce de phénomène auquel il importe beaucoup de se produire dans certain temps et dans certaines circonstances : s'il se montre avant que les esprits soient préparés , il ne fait aucune sensation, et est à peine aperçu : c'est un rayon de lumière qui perce l'intérieur d'une caverne, Téclaire un moment, et s éteint. La seconde, c'est qu'à l'époque ou La Fontaine publia ses fables on connoissoit. Il est vrai, celles d'Ésope et de Phèdre ; mais personne alors n'avoit réfléchi sur le caractère , la forme et le but de l'apologue, sur le style propre à cette espèce de poème, sur la marche qu'il faut donner au dialogue, sur les ornements qui lui conviennent , sur les moyens de perfectionner ce nouveau genre ; on n'avoit même aucune Idée de la variété dos talents qu'il exige, et qu'il est si rare de voir rassembler dans uh seul homme. Or, pour juger sainement d'un ouvrage de littéra-
ture , il faut aToir des objets de comparaison, c'esl-à-dire des modèles de beauté qui aient on une existence idéale et abstraite dans Tontendement on réelle dans la nature et dans Tart : il faut, d'après des réflexions fondées sur Texpérience et Tobservation, avoir établi les principes , les règles , la théorie , en un mot la poétique du genre , et qu'ayant de deyenir la mesure exacte; générale, et connue, de tout ce qu'on écrira dans la suite sur la même matière , ces principes et ces règles aient été examinés , discutés, attaqués, contredits par des philosophes , et exposés long-temps aux objections ; car, selon la remarque d*nn sayant moderne, ce sont elles qui fortifient les bons systèmes , elles font sentir la nécessité de les admettre. Sans toutes ces précautions , sans la réunion de tous ces moyens, on court risque de s'éloigner de la vérité, dont le centre, surtout dans des ques^ tiens de goût, est quelquefois si mobile : c est ce qui est arrivé aux écrivains du siècle de Louis XIV, qui, k l'exception de Molière, de Racine, de la Rochefoucauld, de Fontenolle, de Bayle, et de «caciques autres esprits de cet ordre, n'ont pas rendu justice k La Fontaine, eine paroissent pas en général avoir tourné leurs vues et leurs études vers des spéculations assez utiles, assez philosophiques pour apercevoir le but souvent très éloigné qu'il s*est prq)0sé dans ses fables, et pour en étendre eux-mômes la moralité en rappliquant à des objets plus voisins d'eux, et qui les touchassent de plus près.
Une fable , de même que la plupart des autres poèmes , est J une action qui a sa marche, ses développements, ses progrès , ses incidents, sa durée, son dénouement, et dans laquelle on doit L voir un espace parcouru, un but, et des moyens pour y arriver, f C'est le mérite de celles de La Fontaine. Mais ce n*est pas le seuf^ avantage qu'il ait sur ses modèles; il les surpasse encore dans l'art de pallier l'invraisemblance de ses contes, et de donner à ses mensonges ingénieux tout l'intérêt dont la vérité t*st susceptible: art difficile , et auquel on peut réduire toute la poétique de la fable prise dans le sens le plus étendu. J'ajoute que , sous un titre frivole, et sans négliger aucune des grâces et des beautés de détail que ce genre exige et qui lui sont propres , cet ou-
vrage est peuUôtre un de ceux où rin(ervaUe immeose qui sépare rhomme d^esprit de rhomme de géoie est le plus souTeni et le plusforCeiDenl marqué. H y a peu de ses bonnes fables (et elles sont en grand nombre ) oii Ton ne trouve quelques uns de ces mots de sentiment^ quelques unes de ces idées générales qoi semblent jetées ad hasard, et dont la délicatesse ou la profoadeur porte Tesprit k la méditation ^ ou dispose Tame a une mélancolie qui n'est point sans un grand plaisir. Ce sont ces mots mêmes et ces Idées qu un homme d'esprit n'auroit jamais trouvés ; c'est précisément ce pas si difficile, par cela même qu'il est le dernier, que Fhomme de génie pouvoit seul franchir, et par lequel il se montre tout-à-coup fort au-delk du terme oit le premier se seroit arrêté. Ce sont toutes ces qualités réunies qui rendent La Fontaine inimitable; c'est par elle qu'il captive, qu'il entraîne ses lecteurs : et l'on n'est jamais tenté de demander s'il a puisé dans son propre fonds ou dans une autre source les sujets qu'il a traités. Qu'importe, par exemple, que Pilpay lai ait fourni l'idée de la fable de l'Homme et la Couleuvre, si 1 oo s'en sert pour prouver qu'il ne faut pas se fier aux paroles de ses ennemis, et si l'autre, après en avoir fait une fable sublime, pleine de verve, d'éloquence et déraison, en tire encore une mora]itéplusgénérâle,plu8applicabledans les diverses eireonstances de la vie, et m'y fait voir le sort que les grands réservent k ceux qui osent leur dire la vérité, et k quel excès de démence, d'iagratitude et de férodté , ils sont portés par leur orgueil , leor mauvaise éducation, et les conseils funestes de ceux qui les en- ' (eurent?
1 J'en dis autant des autres fables dont La Fontaine a emprunté ^le sujet des Orieutaux, des Grecs ou des Latins. Combien n'y a-t-il pas ajouté de vues nouvelles, de pensées fines, d'images riantes et douces, dont on n'aperçoit pas la moindre trace dans ses auteurs I quel agrément et quelle variété dans ses préambules ! quelle sobriété dans l'usage qu'il fait de la mythologie, de l'histoire , et de la philosophie I comme le ton de sa lyre se diversifie au gré des objets qu'il veut peindre ! quel goàt dans le choix des détails les plus propres k inléresber ses lecteurs !
ayec quel art il sait faire dominer dans toute sa fable le sentiment dont il est pénétré et qn'il veut transmettre à leur ame ! On lit encore, et on lira même toujours, Ésope et Phèdre, parce que leur langue s'étudie et ne se parle plus : s'ils avoient écrit en françois, il y a long-temps que La Fontaine les auroit fait oublier. Il avoit reçu de la nature toutes les qualités qui peuvent faire pardonner un talent supérieur : un caractère simple et naïf, un cœur droit et bienfaisant , une ame sensible et passionnée , source d'une multitude d'instants délicieux que les hommes tranquilles et froids ignorent, et qui sont perdus pour eux. Son extérieur étoit modeste, son air affable, sa contenance embarrassée, et sa physionomie peu spirituelle. On peut lui appliquer ce que Tacite disoit d'Âgricola : • En le voyant ,
• en le contemplant, la multitude, qui ne juge du mérite que « par des dehors imposants, chercboiten lui Thomme célèbre;
• peu de gens le devinoient. » Fontenelle , qui l'avoit un peu connu, le définissoit ainsi : « Un homme qui étoit toujours de-
• meure k peu près tel qu'il étoit sorti des mains de la nature, f et qui, dans le commerce des autres hommes, n'avoit presijue « pris aucune teinture étrangère. De la venoit son inimitable et « charmante naïveté. »
IVé sans ambition, il cnltivoit les lettres au sein de lamilié ; on étoit sûr de ne Tavoir jamais pour concurrent dans le chemin de la fortune ; il méprisoit toutes ces petites intrigues , toutes ces cabales obscures dont l'effet est toujours d'honorer rhomme médiocre de la récompense qui n'est due qu'au mérite. Ses mceurs étoient pures et ses discours très réservés. 11 étoit naturellement rêveur et distrait , même avec ses amis ; mais , lorsqu'on savoit le tirer de cet état d'abstraction , sa conversation s'animoit peu à peu , et devenoit bientôt instructive : il se plaisoit surtout k agiter les questions de grammaire les plus compliquées. Ces sortes de discussions, qui exigent une logique très fine , un jugement sain , et même beaucoup de goût , sont d'autant plus utiles, que l'élude d'une langue, quand elle n'est pas dirigée par Tesprit philosophique , se réduit a une pure science de mots : ce n'est plus alors qu'une affaire de mémoire