‹ Fables (volume 3)Chapitre 5 sur 54 · LIVRE VIII, FABLE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, FABLE XIV

Aux champs élysiens j*ai goûté mille charmes , CoDversant avec ceax qui sont saints comme moi. Laisse agir quelque temps le désespoir du roi : J'y prends plaisir. A peine on eut ouï la chose , Qu'on se mit à crier : Miracle ! Apothéose I Le cerf eut un présent, bien loin d'être puni.

Amusez les rois par des songes , Flattez-les , payez-les d'agréables mensonges : Quelque indignation dont leur cœur soit rempli , Ils goberont l'appât ; vous serez leur ami.

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Le Rat et l'Éléphant.*

Se croire uq personnage est fort commun en France : On y fait Thomme d'importance , Et Ton n'est souvent qu'un bourgeois.

C'est proprement le mal françois.

La sotte vanité nous est particulière.

Les Espagnols sont vains , mais d'une autre manière : Leur orgueil me semble , en un mot , Beaucoup plus fou, mais pas si sot.

Donnons quelque image du nAtre , Qui sans doute en vaut bien un autre.

Un rat des plan petits voyoit un éléphant

Des plus gros , et railloit le marcher un peu lent

De la bète de haut parage ,

Qui marchoit à gros équipage.

Sur l'animal à triple étage

Une sultane de renom ,

' Fhsdr., I, 39, Àsims et Aper.

36 LItRE VIII, FABLE XV.

Son chien, son chat , et sa gaenon , Son perroquet , sa vieille , et toute sa maison ,

S'en alloit en pèlerinage.

Le rat s*étonnoit que les gens Fussent touchés de voir cette pesante masse : Gomme si d'occuper ou plus ou moins de place Nous rendoit , disoit-il , plus ou moins importants ! Mais qu'admirez-vous tant en lui, vous autres hommes? Seroitr-ce ce grand corps qui fait peur aux enfants? Nous ne nous prisons pas , tout petits que nous sommes ,

D'un grain moins que les éléphants.

Il en auroit dit davantage ;

Mais le chat , sortant de sa cage ,

Lui Gt voir en moins d'un instant

Qu'un rat n'est pas un éléphant.

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L'Horoscope.*

Oq rencontre sa destinée Souvent par des chemins qu on prend pour l'éviter.

Un père eut pour toute lignée Un fils qu'il aima trop , jusques à consulter

Sur le sort de sa géniture

Les diseurs de bonne aventure.

Un de ces gens lui dit que des lions surtout Il éloignAt Tenfant jusques à certain Age ^

Jusqu'à vingt ans, point davantage.

Le père , pour venir à bout D*une précaution sur qui rouloit la vie De celui qu'il aimoit , défendit que jamais On lui laissAt passer le seuil de son palais : Il pouvoit , sans sortir, contenter son envie , Avec ses compagnons tout le jour badiner,

Sauter, courir, se promener.

' Herodol., UinL - M^en,UUt. anim, — PUne» liv. X, 3.

Quand il fut en Ykge où la chasse

Plait le plus aux jeunes esprits,

Cet exercice avec mépris

Lui fut dépeint; mais, quoi qu'on fasse,

Propos, conseil» enseignement.

Rien ne change un tempérament.

Le jeune homme , inquiet , ardent , plein de courage , A peine se sentit des bouillons d'un tel âge ,

Qu'il soapira pour ce plaisir.

Plus l'obstacle étoit grand, plus fort fut le désir. Il savoit le sujet des fatales défenses ; ^Et comme ce logis, plein de magnificences,

Abondoit partout en tableaux ,

Et que la laine et les pinceaux Traçoient de tons côtés chasses et paysages ,

En cet endroit des animaux ,

En cet autre des personnages , Le jeune homme s'émeut , voyant peint un lion : Ah , monstre I cria-t>-il ; c'est toi qui me fais vivre Dans l'ombre et dans les fers I A ces mots il se livre Aux transports violents de l'indignation ,

Porte le poing sur l'innocente bête.

Sous la tapisserie un clou se rencontra :

Ce clou le blesse , il pénétra Jusqu'aux ressorts de l'ame ; et cette chère tète , Pour qui l'art d'Esculape en vain fit ce qu'il put , Dut sa perte à ces soins qu'on prit pour son salut. Même précaution nuisit au poëte Eschyle. Quelque devin le menaça , dit-on ,

De la chute d'une maison.

ÀDSsitAt il quitta la ville , Mit son lit en plein champ, loin des toits, sous les cieux. Un aigle , qui portoit en Tair une tortue , Passa par-là , vit rhomme , et sur sa tète nue , Qui parut un morceau de rocher à ses yeux ,

Étant de cheveux dépourvue , Laissa tomba sa proie , afin de la casser. Le pauvre Eschyle ainsi sut ses jours avancer.

De ces exemples il résulte Que c€t art, s'il est vrai, fait tomber dans les maux

Que craint celui qui le consulte ; Mais je Ten justifie , et maintiens qu'il est faux.

Je ne crois point que la Nature Se soit lié les mains , et nous les lie encor Jusqu'au point de marquer dans les cieux notre sort :

n dépend d'une conjecture

De lieux , de personnes , de temps ; Non des conjonctions de tous ces charlatans. Ce berger et ce roi sont sous même planète : L'un d'eux porte le sceptre , et l'autre la houlette.

Jupiter le vouloit ainsi.

Qu'est-ce que Jupiter? un corps sans connoissance.

D'où vient donc que son influence Agit différemment sur ces deux hommes^i ? Puis comment pénétrer jusques à notre monde? Comment percer des airs la campagne profonde ? Percer Mars , le Soleil , et des vides sans fin ? Un atome la peut détourner en chemin : Où riront retrouver les faiseurs d'horoscope ?

ko LIVRE VIII, FABLE XVL

L*état où nous voyons l'Europe Mérite que du moins quelqu'un d'eux l'ait prévu : Que ne l'a-t-il donc dit? Mais nul d'eux ne l'a su. L'immense éloignement, le point et sa vitesse,

Celle aussi de nos passions »

Permettentr-ils à leur foiblesse De suivre pas à pas toutes nos actions? Notre sort en dépend : sa course entresuivie Ne va , non plus que nous , jamais d'un même pas ;

Et ces gens veulent au compas

Tracer le cours de notre vie I

Il ne se faut point arrêter Aux deux faits ambigus que je viens de conter. Ce fils par trop chéri , ni le bonhomme Eschyle, N'y font rien : tout aveugle et menteur qu'est cet art , n peut frapper au but une fois entre mille ;

Ce sont des effets du hasard*

r'.vr-*?*-»- .^Atr^-/-.

^^'Âi^m i?-3? ^Li^ -r^-j-r:!::^.:

L'Ane et le Chien.*

n se faut entr*aider : c'est la loi de natare.

L'âne an jour pourtant s'en moqaa :

Et ne sais comme il y manqua ;

Car il est bonne créature, n alloit par pays , accompagné du chien ,

Gravement, sans songer à rien ;

Tous deux suivis d'un commun mattre.

Ce mattre s'endormit. L'âne se mit à pattre :

n étoit alors dans un pré

Dont l'herbe étoit fort à son gré.

Point de chardons pourtant ; il s'en passa pour l'heure : n ne faut pas toujours être si délicat;

Et, faute de servir ce plat,

Rarement un festin demeure.

Notre baudet s'en sut enfin Passer pour cette fois. Le chien , mourant de faim , Lui dit : Cher compagnon , baisse-toi , je te prie :

* Abftemiiu, 109, de Cane adventu Lnpum Àtino non opitulante, quka sibi panem non dederat.

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