‹ Fables (volume 3)Chapitre 4 sur 54 · LIVRE VllI, FABLE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE VllI, FABLE XIV

Je définis la conr un pays où les gens ,

Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents,

Sont ce qu'il platt au prince, ou, s'ils ne peuvent Tétre,

Tftcbent au moins de le paroitre.

Peuple caméléon , peuple singe du mattre ; On diroit qu'un esprit anime mille corps : C'est bien là que les gens sont de simples ressorts.

Pour revenir à notre affaire , Le cerf ne pleura point. Comment eût-il pu faire ? Cette mort le vengeoit : la reine avoit jadis

Étranglé sa femme et son fils.

Bref, il ne pleura point. Un flatteur l'alla dire ,

Et soutint qu'il l'a voit vu rire.

La colère du roi , comme dit Salomon, Est terrible , et surtout celle du roi lion ; Mais ce cerf n'avoit pas accoutumé de lire. Le monarque lui dit : Chétif hdte des bois, Tu ris ! tu ne suis pas ces gémissantes voix ! Nous n'appliquerons point sur tes membres profanes

Nos sacrés ongles I Venez , loups ,

Vengez la reine , immolez tous

Ce traître à ses augustes mânes.

Le cerf reprit alors: Sire , le temps de pleurs Est passé ; la douleur est ici superflue. Votre digne moitié, couchée entre des fleurs ,

Tout près d'ici m'est apparue ;

Et je l'ai d'abord reconnue.

Ami , m'a-t^lle dit y garde que ce convoi , Quand je vais chez les dieux, ne t'oblige à des larmes.

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