‹ Fables (volume 3)Chapitre 7 sur 54 · U LIVRE VIII, FABLE XVIIL · texte numérisé non relu

U LIVRE VIII, FABLE XVIIL

n a des gens tout prêts pour le venger : Quelque poison renverra protéger Les trafiquants qui sont en l'autre mondé. Sur cet avis le Turc se comporta Comme Alexandre ; et , plein de confiance , Chez le marchand tout droit il s*en alla , Se mit à table. On vit tant d'assurance Eu ses discours et dans tout son maintien , Qu'on ne crut point qu'il se doutât de rien. Ami , dit-il , je sais que tu me quittes ; Même l'on veut que j'en craigne les suites : Mais je te crois un trop homme de bien ; Tu n'as point l'air d'un donneur de breuvage. Je n'en dis pas là-dessus davantage. Quant à ces gens qui pensent t'appuyer, Écoute-moi ; sans tant de dialogue Et déraisons qui pourroient t'ennuyer , Je ne te veux conter qu'un apologue.

Il étoit un berger, son chien, et son troupeau. Quelqu'un lui demanda ce qu'il prétendoit faire

D'un dogue de qui l'ordinaire Etoit un pain entier. 11 falloit bien et beau ])onner cet animal au seigneur du village.

Lui , berger, pour plus de ménage ,

Auroit deux ou trois màtineaux, Qui, lui dépensant moins, veilleroient aux troupeaux

Bien mieux que cette bète seule.

Il mangeoit plus que trois ; mais on ne disoit pas

Qu'il avoit aussi triple gueule

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