LE VIEILLARD ET LES TROIS JEUNES HOMMES
Un octi){}cnaire plautoit.
Passe encor de bâtir; mais planter à cel â(}e ! Disoieiit trois jouvenceaux, enfauts du voisinajje :
Assurément il radotoit.
Car, au nom des dieux, je vous prie, Quel fruit de ce labeur pouvez-vous recueillir? Autant qu'un patriarche il vous faudroit vieillir.
A quoi l)on cliar(jer votre vie Des soins d'un avenir qui n'est pas fait pour vous? ]Ne songez désormais qu'à vos erreurs passées : Quittez le long espoir et les vastes pensées ;
Tout cela ne convient qu'à nous.
Il ne convient pas à vous-mêmes.
Repartit le vieillard. Tout établissement Vient lard, et dure peu. La main des Parques blêmes De vos jours et des miens se joue également.
Livni': XI. 205
ÏNos (eriTics sont pareils par leur courte durée. Qui de nous des clartés de la voûte azurée Doit jouir le dernier? Est-il aucun moment Qui vous puisse assurer d'un second seulement? Mes arrière-neveux me devront cet ombra{]e ;
Eh bien, défendez-vous au sa{}e De se donner des soins pour le plaisir d'autrui? Cela même est un fruit que je (joute aujourd'hui : J'en puis jouir demain, et quelques jours encore;
Je puis enfin compter l'aurore
Plus d'une fois sur vos tombeaux, r.e vieillard eut raison : l'un des trois jouvenceaux Se noya dés le port, allant à l'Amérique ; L'autre, afin de monter aux grandes dijjnités. Dans les emplois de Mars servant la république, Par un coup imprévu vit ses jours emportés;
Le troisième tomba d'un arbre
Que lui-même il voulut enter ; Et, pleurés du vieillard ^, il grava sur leur marbre
Ce que je viens de raconter.
' Tournuie elliptique, pour dire, Ils furent pleurés du vieillard, et il grava, etc.
FABLE IX