‹ Fables (volume 4)Chapitre 11 sur 149 · LES SOUHAITS · texte numérisé non relu

LES SOUHAITS

Il est au Mo{jol des follets Qui foDt office de valets, Tiennent la maison propre, ont soin de l'éqnipaoe, Et quelquefois du jardinage.

Si vous louchez à leur ouvrage, Vous gâtez tout. Un d'eux près du Gange autrefois Cultivoit le jardin d'un assez bon bourgeois. Il travailloit sans bruit avec beaucoup d'adresse,

Aimoit le maître et la maîtresse, Et le jardin surtout. Dieu sait si les Zéphyrs, Peuple ami du démon, l'assistoient dans sa tâche î Le follet de sa part, travaillant sans relâche,

Combloit ses hôtes de plaisirs.

Pour plus de marques de son zèle.

Chez ces gens pour toujours il se fut arrêté,

Nonobstant la légèreté

A ses pareils si naturelle :

Mais ses confrères les esprits Firent tant que le chef de cette république.

Par caprice ou politique,

Le changea bientôt de logis.

Ordre lui vient d'aller au fond de la Norvvége

Prendre le soin d'une maison

En tout temps couverte de neige :

Et d'Indou qu'il étoit on vous le fait Lappon. Avant que de partir, l'Esprit dit à ses hôtes:

On m'oblige de vous quitter ;

Je ne sais pas pour quelles fautes :

Mais enfin il le faut. Je ne puis arrêter Qu'un temps fort court, un mois, peut-être une semaine. Employez-la: formez trois souhaits; car je puis

Rendre trois souhaits accomplis :

Trois, sans plus. Souhaiter, ce n'est pas une peine

Etrange et nouvelle aux humains.

Ceux-ci , pour premier vœu, demandent l'abondance ;

Et l'Abondance à pleines mains

Verse en leurs coffres la finance, En leurs greniers le blé , dans leurs caves les vins : Tout en crève. Gomment ranger cette chevance? Quels registres, quels soins, quel temps il leur fallut ! Tous deux sont empêchés si jamais on le fut,

Les voleurs contre eux complotèrent ;

Les grands seigneurs leur empruntèrent; Le prince les taxa. Voilà les pauvres gens

Malheureux par trop de fortune.

Otez-nous de ces biens l'affluence importune. Dirent-ils l'un et l'autre : heureux les indigents ! La pauvreté vaut mieux qu'une telle richesse. Retirez-vous, trésors; fuyez : et toi, déesse,

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