‹ Fables (volume 4)Chapitre 10 sur 149 · LA FILLE · texte numérisé non relu

LA FILLE

Certaine fille, un peu trop fière,

Prétendoit trouver un mari Jeune, bien fait, et beau, d'agréable manière. Point froid et point jaloux ; notez ces deux points-ci.

Cette fille vouloit aussi

Qu'il eut du bien, de la naissance, De l'esprit, enfin tout. Mais qui peut tout avoir? Le Destin se montra soigneux de la pourvoir:

Il vint des partis d'importance.

La belle les trouva trop chétifs de moitié. Quoi, moi ! quoi, ces gens-là ! l'on radote, je pense. A moi les proposer! hélas! ils font pitié :

Voyez un peu la belle espèce !

L'un n'avoit en l'esprit nulle délicatesse, L'autre avoit le nez fait de cette façon-là :

C'étoit ceci, c'étoit cela;

C'étoit tout, car les précieuses

Font dessus tout les dédaigneuses.

Après les bons partis, les médiocres gens

Vinrent se mettre sur les rangs.

Elle de se moquer. Ah ! vraiment je suis bonne De leur ouvrir la porte ! Ils pensent que je suis

Fort en peine de ma personne :

Grâce à Dieu, je passe les nuits

Sans chagrin, quoique en solitude.

La belle se sut gré de tous ces sentiments. L'âge la fit déchoir : adieu tous les amants. Un an se passe, et deux, avec inquiétude : Le chagrin vient ensuite ; elle sent chaque jour Déloger quelques Ris, quelques Jeux, puis l'Amour ;

Puis ses traits choquer et déplaire :

Puis cent sortes de fards. Ses soins ne purent faire Qu'elle échappât au Temps, cet insigne larron.

Les ruines d'une maison Se peuvent réparer : que n'est cet avantage

Pour les ruines du visage !

Sa préciosité changea lors de langage.

Son miroir lui disoit : Prenez vite un mari ; Je ne sais quel désir le lui disoit aussi : Le désir peut loger chez une précieuse. Celle-ci fit un choix qu'on n'auroit jamais cru. Se trouvant à la fin tout aise et tout heureuse

De rencontrer un malotru.

MVRE VII.

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FABLE VI

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