‹ Fables (volume 4)Chapitre 111 sur 149 · A MONSEIGNEUR · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR

vous obéir et à la passion de vous plaire, m'a obligé de vous présenter un ouvrage dont l'original a été l'admiration de tous les siècles aussi bien que celle de tous les sages. Vous m'avez même ordonné de continuer; et, si vous me permettez de le dire, il y a des sujets dont je vous suis redevable, et où vous avez jeté des grâces qui ont été admirées de tout le monde. Nous n'avons plus besoin de consulter ni Apollon, ni les Muses, ni aucune des divinités du Parnasse : elles se rencontrent toutes dans les présents que vous a faits la nature et dans cette science de bien juger les ouvrages de l'esprit, à quoi vous joignez déjà celle de connoître toutes les règles qui y conviennent. Les fables d'Esope sont une ample matière pour ces talents : elles embrassent toutes sortes d'événements et de caractères. Ces mensonges sont proprement une manière d'histoire où on ne flatte personne. Ce ne sont pas choses de peu d'importance que ces sujets ; les animaux sont les précepteurs des hommes dans mon ouvrage. Je ne m'étendrai pas davantage làdessus; vous voyez mieux que moi le profit

LE DUC DE BOURGOGNE. 213 qu'on en peut tirer. Si vous vous connoissez maintenant en orateurs et en poètes, vous vous connoîtrez encore mieux quelque jour en bons politiques et en bons généraux d'armée; et vous vous tromperez aussi peu au choix des personnes qu'au mérite des actions. Je ne suis pas d'un âge à espérer d'en être témoin ^. Il faut que je me contente de travailler sous vos ordres. L'envie de vous plaire me tiendra lieu d'une imagination que les ans ont affoiblie : quand vous souhaiterez quelque fable, je la trouverai dans ce fonds-là. Je voudrais bien que vous y pussiez trouver des louanges dignes du monarque qui fait maintenant le destin de tant de peuples et de nations, et qui rend toutes les parties du monde attentives à ses conquêtes, à ses victoires, et à la paix qui semble se rapprocher, et dont il impose les conditions avec toute la modération que peuvent souhaiter nos ennemis. Je me le figure comme un conquérant qui veut mettre des bornes à sa gloire et à sa puissance, et de qui

' La Fontaine étoit alors âgé de soixante-treize ans.

214 A y\QT LE DUC DE BOUUGOGIVE.

on pourrait dire, a meilleur titre qu'on ne l'a dit d'Alexandre, qu'il va tenir les états de l'univers, en obli{»eant les ministres de tant de princes de s'assembler pour terminer une guerre qui ne peut être que ruineuse à leurs maîtres'. Ce sont des sujets au-dessus de nos paroles : je les laisse à de meilleures plumes que la mienne ; et suis avec un profond respect,

Monseigneur,

Votre très-humble, très-obéissant, et très-fidèle serviteur,

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