‹ Fables (volume 4)Chapitre 116 sur 149 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

Le passereau, moins circonspec,

Lui donnoit force coups de bec.

En sage et discrète personne,

Maître chat excusoit ces jeux :

Entre amis il ne faut jamais qu'on s'abandonne

Aux traits d'un courroux sérieux.

Comme ils se connoissoient tous deux dès leur bas âge. Une longue habitude en paix les maintenoit ; Jamais en vrai combat le jeu ne se tournoit :

Quand un moineau du voisinage S'en vint les visiter, et se fit compagnon Du pétulant Pierrot et du sage Ilaton, E^ntre les deux oiseaux il arriva querelle ;

Et Ilaton de j^rendre parti.

Cet inconnu, dit-il, nous la vient donner belle.

D'insulter ainsi notre ami !

Le moineau du voisin viendra manger le notre ! Non, de par tous les chats! Entrant lors au combat, Il croque l'étranger. Vraiment, dit maître chat, Les moineaux ont un goiit exquis et délicat ! Cette réflexion fit aussi croquer l'autre.

Quelle morale puis-je inférer de ce fait?

Sans cela, toute fable est un œuvre imparfait.

J'en crois voir quelques traits; mais leur ombre m'abuse.

Prince, vous les aurez incontinent trouvés :

Ce sont des j eux pour vous, et non point pour ma muse.

Elle et ses sœurs n'ont pas l'esprit que vous avez.

221 FABLKS.

FABLE Iir.

LE ÏHÉSAUÏIISEUR ET LE SJxNGE.

Un homme accumiiloit. On sait que cette erreur

Va souvent jusqu'à la fureur.

Celui-ci ne songeoit que ducats et pistoles. Quand ces biens sont oisifs, j e tiens qu'ils sont frivoles.

Pour sûreté de son trésor, Notre avare habitoit un lieu dont Ampliitrite Défendoit aux voleurs de toutes parts l'abord. Là, d'une volupté selon moi fort petite, Et selon lui fort grande, il entassoit toujours :

Il passoit les nuits et les jours A compter, calculer, supputer sans relâche. Calculant, supputant, comptant comme à la tâche. Car il trouvoit toujours du mécompte à son fait. Un gros singe, plus sage, à mon sens, que son maître, .letoit quelques doublons toujours par la tenétre,

Et rendoit le compte imparfait :

La chambre, bien cadenassée, Permettoit de laisser l'argent sur le comptoir. Un beau jour dom Bertrand se mit dans la pensée D'en faire un sacrifice au liquide manoir.

Qiinnt à moi, lorsque je compare Les plaisirs de ce singe à ceux de cet avare,

LIVRE XII. '2-23 Je ne sais bonnement auquel donner le prix : Dom Bertrand (jagneroit près de certains esprils; Les raisons en seroienl trof) longues à déduire. Un jour donc l'animal, qui ne songeoit qu'à nuire, Détaclioit du monceau, tantôt quelque doublon,

Un jacobus , un ducaton ,

Et puis quelque noble à la rose ' ; Eprouvoit son adresse et sa force à jeter Ces morceaux de métal, qui se font souhaiter

Par les humains sur toute chose.

S'il n'avoit entendu son compteur à la fin

Mettre la clef dans la serrure , Les ducats auroient tous pris le même cliemin ,

Et couru la même aventure ; Il les auroit fait tous voler jusqu'au dernier Dans le gouffre enrichi par maint et maint naufrage.

Dieu veuille préserver maint et maint financier Qui n'en fait pas meilleur usage !

1 Le ducaton étoit une inonnoie d'argent valant un peu plus d'un écu. Le noble à la rose et le jacobus étoient deux monnoics d'or d'Angleterre , la première équivalant à la guinée, la dernière valant environ un septième de plus, il existoit encore beaucoup de ces inonnoies du temps de Louis XIV, et leur valeur comparative étoit réglée par une ordonnance du roi. (Voyez ÏFinilitation et tari f des espèces d'or et d'argent, lait et arrêté ie deuxième de mai 1679. Rouen , in 8» de quatorze pages.) (W.)

l ADLF.S.

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FABLE IV

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