LA QUERELLE DES CHIENS ET DES CHATS, ET CELLE DES CHATS ET DES SOURIS
La discorde a toujours régné dans l'univers; Notre monde en fournit mille exemples divers; Chez nous cette déesse a plus d'un tributaire. Commençons par les éléments :
Vous serez étonnés de \oir qu'à tous moments Us seront appointés contraire.
Outre ces quatre potentats^, Combien d'êtres de tous états Se font une guerre éternelle!
Autrefois un lo^jis plein de chiens et de chats, Par cent arrêts rendus en forme solennelle,
Vit terminer tous leurs débats.
Le maître ayant réglé leurs emplois, leurs repas, Et menacé du fouet quiconque auroit querelle, Ces animaux vivoient entre eux comme cousins. Cette union si douce, et presque fraternelle,
Edifioit tous les voisins.
Enfin elle cessa. Quelque plat de potage, Quelque os, par préférence, à quelqu'un d'eux donné, Fit que l'autre parti s'en vint tout forcené
Représenter un tel outrage.
J'ai vu des chroniqueurs attribuer le cas Aux passe-droits qu'avoit une chienne en gésine-.
Quoi qu'il en soit, cet altercas*^
' L'eau, l'air, la terre, et le feu.
^ Vieux mot, encore usité au palais : il signifie l'état d'une femme en couche, et il s'appliquoit aussi aux animaux. Rabelais a dit : « Les truies, en letir gésine, ne « sont nourries que de fleurs d'orangers. » Pantagruel, liv. IV, cil. vu. (W.)
^ Vieux mot, pour altercation.
LIVRE XII. 233 INIit en combustion la salle et la cuisine : Chacun se déclara pour son chat, pour son chien. On fit un rè{}lement dont les chats se plaignirent,
Et tout le quartier étourdirent.
Leur avocat disoit qu'il falloit bel et bien Recourir aux arrêts. En vain ils les cherchèrent Dans un coin où d'abord leurs agents les cachèrent :
Les souris enfin les mangèrent.
Autre procès nouveau. Le peuple souriquois En pâtit : maint vieux chat, fin, subtil, et narquois. Et d'ailleurs en voulant à toute cette race.
Les guetta, les prit, fit main basse.
Le maître du logis ne s'en trouva que mieux.
J'en reviièns à mon dire. On ne voit sous les cieux Nul animal, nul être, aucune créature, Qui n'ait son opposé ^ : c'est la loi de nalure : D'en chercher la raison, ce sont soins superflus. Dieu fit bien ce qu'il fit, et je n'en sais pas plus.
Ce que je sais, c'est qu'aux grosses paroles On en vient, sur un rien, plus des trois quarts dutem])s. Humains, il vous faudroit encore à soixante ans Renvoyer chez les barbacoles^.
* « Toutes choses corporelles ou spirituelles ont chacune f leurs contraires ou leurs sympathisantes. »
L'Astrée, première partie.
2 Coste explique ce mot de la manière suivante : "Terme « plaisant et burlesque emprunté des Italiens, qui l'ont
FABLE IX