LE LOUP ET LE RENARD
D'où vient que personoc en la vie IN'est satisfait de son état?
Tel voudroit bien être soldat, A qui le soldat porte envie.
Certain renard voulut, dit-on.
Se faire loup. Eh ! qui peut dire Que pour le mélier de mouton Jamais aucun loup ne soupire?
Ce qui m'étonne est qu'à huit ans Un prince ' en fable ait mis la chose,
u inventé pour désigner un maître d'école, qui, pour se " rendre plus vénérable à ses écoliers, porte une longue u barbe, barbatn colit. » Cette explication a été répétée par tous les coramcntatears de notre poète. On peut douter qu'elle soit exacte. Le mot barbacole, ou aucun autre semblable, ne se trouve point dans le grand dictionnaire de la langue italienne d'Alberti. Je soupçonne que La Fontaine fait ici allusion à quelque conte ou à quelque historiette qui de son temps étoit populaire. (W.) I Le duc de Bourgogne.
LIVRE XII. 23 Pendant que sous mes cheveux blancs Je fabrique à force de tejnps Des vers moins sensés que sa prose.
Les traits dans sa fable semés Ne sout en l'ouvra^je du poëte Ni tous ni si bien exprimés :
Sa louange en est plus complète.
De la chanter sur la musette.
C'est mon talent : mais je m'attends Que mon héros, dans peu de temps, Me fera prendre la trompette.
Je ne suis pas un (jrand prophète, Cependant je lis dans les cieux Que bientôt ses faits glorieux Demanderont plusieurs Homères; Et ce temps-ci n'en produit guères; Laissant à part tous ces mystères, Essayons de conter la fable avec succès.
Le renard dit au loup : Notre cher, pour tout me J'ai souvent un vieux coq, ou de maigres poulets
C'est une viande qui me lasse.
Tu fais meilleure chère avec moins de hasard : J'approche des maisons, tu te liens à l'écart. Apprends-moi ton métier, camarade, de grâce ;
Reiids-inoi le premier de nia race Qui fournisse son croc de quelque mouton gras : Tu ne me mettras point au nombre des ingrats. Je le veux, dit le loup; il m'est mort un mien frère, Allons prendre sa peau, tu t'en revêtiras. Il vint; et le loup dit : Voici comme il faut faire, Si tu veux écarter les mâtins du troupeau.
Le renard, ayant mis la peau, Ilépétoit les leçons que lui donnoit son maître. D'abord il s'y prit mal, puis un peu mieux, puis bien,
Puis enfin il n'y manqua rien.
A peine il fut instruit autant qu'il pouvoit l'être, Qu'un troupeau s'approcha. Le nouveau loupy court, Et répand la terreiu' dans les lieux d'alentour.
Tel, vêtu des armes d'Achille, Patrocle mit l'alarme au camp et dans la ville : Mères, brus, et vieillards, au temple couroienttous. L'ost' du peuple bêlant crut voir cinquante loups : Chien, berger, et troupeau, tout fuit vers le village, Et laisse seulement une brebis pour gage. Le larron s'en saisit. A quelques pas de là Il entendit chanter un coq du voisinage. Le disciple aussitôt droit au coq s'en alla.
Jetant bas sa robe de classe, Oubliant les brebis, les leçons, le régent,
Et courant d'un pas diligent.
* L'armée,