‹ Fables (volume 4)Chapitre 128 sur 149 · A S. A. S. MONSEIGNEUR LE PRINCE DE GONTI · texte numérisé non relu

A S. A. S. MONSEIGNEUR LE PRINCE DE GONTI

Comme les dieux sont bons, ils veulent que les rois Le soient aussi : c'est l'indul^jeiice Qui fait le plus beau de leurs droits, Non les douceurs de la venjjeance.

Prince, c'est votre avis. On sait que le courroux S'éteint en votre cœur sitôt qu'on l'y voit naître. Achille, qui du sien ne put se rendre maître,

Fut par là moins héros que vous.

Ce titre n'appartient qu'à ceux d'entre les hommes Qui, comme en l'âge d'or, font cent biens ici-bas.

^ La pie est de couleur noire, et a la poitrine et les côtés blancs.

2 François-Louis, prince de La Roche-sur- Yon et de Conti, né à Paris en 1664, et mort le 22 février 1709^ l'un des amis et des protecteurs de notre poëte.

LIVRE XII. 241 Peu de grands sontnés tels en cet âge où nous sommes : L'univers leur sait gré du mal qu'ils ne font pas.

Loin que vous suiviez ces exemples, Mille actes généreux vous promettent des temples. Apollon, citoyen de ces augustes lieux.

Prétend y célébrer votre nom sur sa lyre. Je sais qu'on vous attend dans le palais des dieux : Un siècle de séjour doit ici vous suffire. Hymen veut séjourner tout un siècle chez vous.

Puissent ses plaisirs les })lus doux

Vous composer des destinées

Par ce temps à peine bornées !

Et la princesse et vous n'en méritez pas moins.

J'en prends ses charmes pour témoins;

Pour témoins j'en prends les merveilles Par qui le ciel, pour vous prodigue en ses présents, De qualités qui n'ont qu'en vous seul leurs pareilles

Voulut orner vos jeunes ans.

Bourbon de son esprit ses grâces assaisonne :

Le ciel joignit eu sa personne

Ce qui sait se faire estimer

A ce qui sait se faire aimer :

Il ne m'appartient pas d'étaler votre joie :

Je me tais donc, et vais rimer

Ce que fit un oiseau de proie ^

t Vak. Après ce vers, dans l'édition de Londres de IT08, dans celles de Paris, in-4«, 1726, et in-8o, 1729, n. 16

FAIÎLRS.

Un milan, de son nid antique possesseur,

Étant pris vif par un chasseur, D'eu faire au prince un don cet homme se propose. La rareté du fait donnoit prix à la chose. L'oiseau, par le chasseur humblement présenté.

Si ce conte n'est apocryphe.

Va tout droit imprimer sa (jriffe

Sur le uez de sa majcs'é. — Quoi ! sur le nez du roi? — Du roi même en personne. Il n'avoit donc alors ni sceptre ni couronne?

dans l'édition d'Amsterdam de 1727, dans celles de Hambourjj de 1731 et 1733, on lit les vers suivants, que l'auteur a retranchés :

Je change nn peu la cliose. Un peu? j'y chanijc tout : La critique i-n ceia va me pousser à bout ;

Car c'est une <'trange femelle :

Rien ne nous sert d'entrer en raison avec elle. Elle va ni'alléguer que tout fait est sacré : Je n'en disconviens pas, et me sais pourtant gré D'altérer celui-ci. C'est h celte licence

Que je dois l'acle de clémence i'ar qui je donne aux rois des leçons de bonté :

Tous ne ressemblent pas au nôtre.

Le monde est un niarcliand mêlé,

L'on y voit de l'un et de l'autre.

Ici-bas le beau et le bon Ne sont estimés tels que par comparaison.

Louis seul est incomparable :

Je ne lui donne pas un éloge affecté ; L'on sait que j'ai toujours entremêlé la fable

De quelque trait de vérité.

Revenons à l'oiseau, le fait est mémorable.

Page 1