LES VAUTOURS ET LES PIGEOXS
Mars autrefois mit tout l'air en émute Certain sujet fit naître la dispute Chez les oiseaux ; non ceux que le Printen ps Mène à sa cour, et qui, sous la feuillée , Par leur exemple et leurs sons éclatants , Fout que Vénus est en nous réveillée , Ni ceux encor que la mère d'Amour Met à son char ; mais le peuple vautour , Au bec retors , à la tranchante serre , Pour un chien mort se fit , dit-on , la guerre Il plut du sang : je n'exagère point.
Si je voulois conter de point en point
^ Ce qui signifie, de ne dire ni oui ni non.
2 Emute pour émeute , par licence poétique. ( B. )
Tout le détail, je mauqiierois d'haleine.
Maint chef périt, maint héros expira;
Et sur son roc Prométhée espéra
De voir bientôt une fin à sa peine
C'étoit plaisir d'observer leurs efforts ;
G'étoit pitié de voir tomber les morts.
Valeur , adresse , et ruses et surprises ,
Tout s'employa. Les deux troupes , éprises
D'ardent courroux, n'épargnoient nuls moyens
De peupler l'air que respirent les ombres ;
Tout élément remplit de citoyens
Le vaste enclos qu'ont les royaumes sombres.
Cette fureur mit la compassion
Dans les esprits d'une autre nation
Au cou changeant , au cœur tendre et fidèle :
Elle employa sa médiation
Pour accorder une telle querelle.
Ambassadeurs par le peuple pigeon
Furent choisis , et si bien travaillèrent
Que les vautours plus ne se chamaillèrent.
Ils firent trêve ; et la paix s'ensuivit.
Hélas ! ce fut aux dépens de la race
A qui la leur auroit du rendre grâce.
La gent maudite aussitôt poursuivit
I Tout le monde sait que , selon la fable , Prométhée , pour avoir osé créer l'homme et dérober le feu sacré du ciel, fut enchaîné sur un rocher du Caucase, où un vautour lui déchiroitles entrailles sans cesse renaissantes. (W. )