‹ Fables (volume 4)Chapitre 14 sur 149 · LES VAUTOURS ET LES PIGEOXS · texte numérisé non relu

LES VAUTOURS ET LES PIGEOXS

Mars autrefois mit tout l'air en émute Certain sujet fit naître la dispute Chez les oiseaux ; non ceux que le Printen ps Mène à sa cour, et qui, sous la feuillée , Par leur exemple et leurs sons éclatants , Fout que Vénus est en nous réveillée , Ni ceux encor que la mère d'Amour Met à son char ; mais le peuple vautour , Au bec retors , à la tranchante serre , Pour un chien mort se fit , dit-on , la guerre Il plut du sang : je n'exagère point.

Si je voulois conter de point en point

^ Ce qui signifie, de ne dire ni oui ni non.

2 Emute pour émeute , par licence poétique. ( B. )

Tout le détail, je mauqiierois d'haleine.

Maint chef périt, maint héros expira;

Et sur son roc Prométhée espéra

De voir bientôt une fin à sa peine

C'étoit plaisir d'observer leurs efforts ;

G'étoit pitié de voir tomber les morts.

Valeur , adresse , et ruses et surprises ,

Tout s'employa. Les deux troupes , éprises

D'ardent courroux, n'épargnoient nuls moyens

De peupler l'air que respirent les ombres ;

Tout élément remplit de citoyens

Le vaste enclos qu'ont les royaumes sombres.

Cette fureur mit la compassion

Dans les esprits d'une autre nation

Au cou changeant , au cœur tendre et fidèle :

Elle employa sa médiation

Pour accorder une telle querelle.

Ambassadeurs par le peuple pigeon

Furent choisis , et si bien travaillèrent

Que les vautours plus ne se chamaillèrent.

Ils firent trêve ; et la paix s'ensuivit.

Hélas ! ce fut aux dépens de la race

A qui la leur auroit du rendre grâce.

La gent maudite aussitôt poursuivit

I Tout le monde sait que , selon la fable , Prométhée , pour avoir osé créer l'homme et dérober le feu sacré du ciel, fut enchaîné sur un rocher du Caucase, où un vautour lui déchiroitles entrailles sans cesse renaissantes. (W. )

Page 1