‹ Fables (volume 4)Chapitre 19 sur 149 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

Contempler la foule importune

De ceux qui clierclient vainement Cette fille du Sort de royaume en royaume, Fidèles courtisans d'un volage fantôme.

Quand ils sont près du bon moment, L'inconstante aussitôt à leurs désirs échappe. Pauvres gen. ! je les plains ; car on a pour les fous

Plus de pitié que de courroux.

Cet homme, disent-ils, étoit planteur de choux,

Et le voilà devenu pape !

Ne le valons-nous pas? Vous valez cent fois mieux :

Mais que vous sert votre mérite?

La Fortune a-t-elle des yeux?

Et puis la papauté vaut-elle ce qu'on quitte. Le rej)os? le repos, trésor si précieux Qu'on en faisoit jadis le partage des dieux ! Rarement la Fortune à ses hôtes le laisse.

Ne cherchez point cette déesse , Elle vous cherchera : son sexe en use ainsi.

Certain couple d'amis, en un bourg établi, Possédoit quelque bien. L'un soupiroit sans cesse Pour la Fortune ; il dit à l'autre un jour :

Si nous quittions notre séjour?

Vous savez que nul n'est prophète En son pays : cherchons notre aventure ailleurs. Cherchez, dit l'autre ami : pour moi, je ne souhaite

Ni climats ni destins meilleurs.

Contentez-vous, suivez votre humeur inquiète ; Vous reviendrez bientôt. Je fais vœu cependant

De dormir en vous attendant.

L'ambitieux, ou, si l'on veut, l'avare,

S'en va par voie et par chemin.

Il arriva le lendemain En un lieu que devoit la déesse bizarre Fréquenter sur tout autre ; et ce lieu, c'est la cour. Là donc pour quelque temps il fixe son séjour. Se trouvant au coucher, au lever, à ces heures

Que l'on sait être les meilleures ; Bref se trouvant à tout, et n'arrivant à rien. Qu'est-ce ci? se dit-il, cherchons ailleurs du In en. La Fortune pourtant habite ces demeures; Je la vois tous les jours entrer chez celui-ci,

Cliez celui-là : d'où vient qu'aussi Je ne puis héberger cette capricieuse?

On me l'avoit bien dit, que des gens en ce lieu L'on n'aime pas toujours l'humeur ambitieuse. Adieu, messieurs de cour, messieurs de cour, adieu ; Suivez jusques au bout une ombre qui vous flatte. La Fortune a, dit-on, des temples à Surate : Allons là. Ce fut un de dire et s'embarquer. Ames de bronze, humains, celui-là fut sans doute Armé de diamant, qui tenta cette route. Et le premier osa l'abîme défier.

Celui-ci, pendant son voyage

Tourna les yeux vers son village

LIVRE VII. 29 Plus d'uuc fois , essuyant les dau(}crs Des pirates, des veuls, du calme et des rochers, Ministres de la mort : avec beaucoup) de pciues Ou s'eu va la chercher eu des rives lointaines! La trouvant assez tôt sans quitter la maison. L'homme arrive au Mogol : on lui dit (|u'au Japon La Fortune pour lors distribuoit ses (jrâccs.

Il y court. Les mers étoient lasses

De le porter ; et tout le fruit

Qu'il tira de ses longs voyages. Ce fut cette leçon cpie donnent les sauvages : Demeure en ton pays, par la nature instruit. Le Japon ne fut Y>as plus heureux à cet homme

Que le Mogol l'avoit été :

Ce qui lui fît conclure en somme , Qu'il avoit à grand tort son village quitté.

Il renonce aux courses ingrates , Revient en son pays, voit de loin ses pénates, Pleure de joie, et dit ; Heureux qui vit chez soi. De régler ses désirs faisant tout son emploi !

Il ne sait que par ouï dire Ce que c'est que la cour, la mer, et ton empire , Fortune , qui nous fais passer devant les yeux Des dignités , des biens que jusqu'au bout du monde Ou suit, sans que l'effet aux promesses réponde. Désormais je ne bouge, et ferai cent fois mieux.

En raisonnant de cette sorte.

Et contre la Fortune ayant pris ce conseil.

Il la trouve assise à la porte De son ami plongé dans un profond sommeil.

FABLE XIII

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