LIVRE VII. 31 S'alla percher, et chanter sa victoire
Uu vautour eutendit sa voix :
Adieu les amours et la gloire ; Tout cet orgueil périt sous l'ongle du vautour. Enfin, par un fatal retour, Son rival autour de la poule S'en revint faire le coquet.
Je laise à penser quel caquet ; Car il eut des femmes en foule.
La Fortune se plaît à faire de ces coups : Tout vainqueur insolent à sa perte travaille. Défions-nous du Sort , et prenons garde à nous Après le gain d'une bataille.
FABLE XIV
l'ingratitude et l'injustice des hommes envers la fortune.
Un trafiquant sur mer , par bonheur, s'enrichit. Il triompha des vents pendant plus d'un voyage ; Gouffre , banc, ni rocher , n'exigea le péage D'aucun de ses ballots ; le Sort l'en affranchit. Sur tous ses compagnons Atrojjos et Neptune Recueillirent leurs droits, tandis que la Fortune Prenoit soin d'amener son marchand à bon port.
Facteurs , associés , cliacua lui fut fidèle.
Il veudit son tabac, sou sucre, sa cauuelle ,
Ce qu'il voulut, sa porcelaine encor :
Le luxe et la folie eullèreut son trésor;
Bref, il jjlut dans son escarcelle.
On ne parloit chez lui que par doubles ducats ; Et mon homme d'avoir chiens, chevaux, et carrosses :
Ses jours de jeune étoient des noces.
Un sien ami, voyant ces somptueux repas. Lui dit: Et d'où donc vient un si bon ordinaire? Et d'oii me viendroit-il , que de mon savoir-faire? Je n'en dois rien qu'à moi, qu'à mes soins, qu'au talent De risquer à propos et bien placer l'argent. Le profit lui semblant une fort douce chose , Il risqua de nouveau le gain qu'il avoit fait ; Mais rien, pour cette fois, ne lui vin à souhait.
Son imprudence en fut la cause :
Un vaisseau mal frété périt au premier vent ; Un autre, mal pourvu des armes nécessaires,
Fut enlevé par des corsaires.
Un troisième au port arrivant, llien n'eut cours ni débit : le luxe et la folie
N'étoient plus tels qu'auparavant.
Enfin ses facteurs le trompant, Et lui-même ayant fait grand fracas, chère lie^,
• Chèife succulente et joyeuse. Cette expression , empruntée à Rabelais, est famiUère à nos vieux conteurs. (B.)