‹ Fables (volume 4)Chapitre 34 sur 149 · LIVRE VIJI · texte numérisé non relu

LIVRE VIJI

Pour uu habitant du Parnasse.

Cependant faites-moi la (jrace De prendre en don ce peu d'encens :

Prenez en gré mes vœux ardents,

Et le récit en vers qu'ici je vous dédie.

Sou sujet vous convient; je n'en dirai pas plus Sur les éloges que l'envie Doit avouer qui vous sont dus, Vous ne voulez pas qu'on appuie.

Dans Athène autrefois, peuple vain et léger. Un orateur', voyant sa patrie en danger. Courut à la tribune ; et, d'un art tyrannique, Voulant forcer les cœurs dans une république. Il parla fortement sur le commun salut. Ou ne l'écoutoit pas. L'orateur recourut

A ces figures violentes Qui saveut exciter les ames les plus lentes : Il fit parler les morts, tonna, dit ce qu'il put ; Le vent emporta tout ; personne ue s'émut.

L'animal aux têtes frivoles.

Étant fait à ces traits, ne daiguoit l'écouter; Tous regardoient ailleurs : il en vit s'arrêter A des combats d'enfants, et point à ses paroles. Que fit le harangueur? Il jjrit un autre tour. Gérés, commença-t-il, faisoit voyage uu jour

^ Cet orateur se nommoit Demades.

Avec l'anguille et l'hirondelle :

Un fleuve les arrête; et l'auguille en na(jeynt,

Comme l'hironclelle en volant, Le traversa bientôt. L'assemblée à l'instant Cria tout d'une voix : Et Cérès, que fit-elle?

Ce qu'elle fit? un prompt courroux

L'anima d'abord contre vous.

Quoi ! de contes d'enfants son peuple s'embarrasse ;

Et du péril qui le menace Lui seul entre les Grecs il néglige l'effet ! Que ne demandez-vous ce que Philippe fait?

A ce reproche l'assemblée,

Par l'apologue réveillée.

Se donne entière à l'orateur.

Un trait de fable en eut l'honneur.

Nous sommes tous d'Athène en ce point; et moi-même. Au moment que je fais cette moralité.

Si Peau-d'âne m'étoit conté.

J'y prendrois un plaisir extrême.

Le monde est vieux, dit-on, je le crois : cependant Il le faut amuser encor comme un enfant.

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