‹ Fables (volume 4)Chapitre 48 sur 149 · I.IVRE Vlll · texte numérisé non relu

I.IVRE Vlll

Que craint celui qui le consulte ; Mais je l'en justifie, et maintiens qu'il est faux.

Je ne crois point que la nature Se soit lié les mains, et nous les lie encor J usqu'au point de marquer dans les cieux notre sort :

Il dépend d'une conjoncture

De lieux, de personnes, de temps ; Non des conjonctions de tous ces charlatans. Ce berger et ce roi sont sous même planète; L'un d'eux porte le scejjtre, et l'autre la houlette.

Jupiter ' le vouloit ainsi.

Qu'est-ce que Jupiter? un corps sans connoissance.

D'oii vient donc que son influence Agit différemment sur ces deux hommes-ci? Puis comment pénétrer jusques à notre monde? Comment percer des airs la campagne profonde? Percer Mars, le Soleil, et des vides sans fin? Un atome la peut détourner en chemin : Où riront retrouver les faiseurs d'horoscope?

L'état oii nous voyons l'Europe^ Mérite que du moins quelqu'un d'eux l'ait prévu : Que ne l'a-t-il donc dit? mais nul d'eux ne l'a su. L'immense éloignement, le point, et sa vitesse.

Celle aussi de nos passions,

' Il est ici planète,

2 Lorsque l^a Fontaine composoit cette fable, presque toule l'Europe éloit en gfuerre contre la Fiance.

7S l'AlJLKS.

P^rmelteiit-ils à leur foiblfsse De suivre pas à pas toutes nos actions? Notre sort en dépend : sa course entresuivie Ne va, non plus (jue nous, jamais d'un même pas;

Et ces gens veulent au compas

Tracer le cours de notre vie !

11 ne se faut point arrêter Aux deux faits ambigus que je viens de conter, ('e fils par trop chéri, ni le bonhomme Eschyle, N'y font rien : tout aveugle et menteur rpi'est cet art. Il peut frapper au but une fois entre mille ;

Ce sont des effets du liasard.

FABLE XVII

l'ane et le chien.

Il se faut entr'aider; c'est la loi de nature.

L'âne un jour pourtant s'en moqua :

Et ne sais comme il y manqua ;

Car il est bonne créature.

Il alloit par pays, accompagné du cliien,

Gravement, sans songer à rien;

Tous deux suivis d'un commun maître.

Ce maître s'endormit. L'âne se mit à paître :

[jvp.i: VIII. 7s>

Il étoit alors dans un prô

Dont riierbe étoit fort à son l'oint de chardons pourtant ; il s'en passa pour riiciire : Il ne faut pas toujours être si délicat ;

Et faute de servir ce plat,

Rarement un festin demeure.

Notre baudet s'en sut enfin Passer pour cette fois. Le cliicn, mourant de faim, Lui dit : Cher compagnon, baisse-toi, je te prie ; .le prendrai mon dîné dans le panier au pain. Point de réponse; mot^ : le roussiu d'Arcadie

Craignit qu'en perdant un moment

Il ne perdît un coup de dent.

Il fit longtemps la sourde oreille.

Enfin il répondit : Ami, je te conseille D'attendre que ton maître ait fini son sommeil; Car il te donnera sans faute à son réveil

Ta portion accoutumée :

Il ne sauroit tarder beaucoup.

Sur ces entrefaites un loup Sort du bois, et s'en vient : autre bête affamée. L'âne appelle aussitôt le chien à son secours. Le chien ne bouge, et dit : Ami, je te conseille De fuir en attendant que ton maître s'éveille; Il ne sauroit tarder : détale vite, et cours. Que si ce loup t'atteint, casse-lui la mâchoire.

' Pas un mot. Ellipse.

80 FABLKS.

On t'a ferré de neuf; et, si tu me veux croire, Tu rétendras tout plat. Pendant ce beau discours, Seigneur loup étrangla le baudet sans remède.

Je conclus qu'il faut qu'on s'entr'aide.

FABLE XVIII

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