‹ Fables (volume 4)Chapitre 61 sur 149 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

Mais ceci soit dit entre nous.

Ou ticut toujours du lieu dont ou vient. Cette fable Prouve assez bien ce point; mais, à la voir de près, Quelque peu de sopbisnie entre parmi ses traits : Car quel époux n'est point au Soleil préférable En s'y prenant ainsi ? Dirai-je qu'un {}éant Est moins fort qu'une puce? Elle le mord pourtant. Le rat devoit aussi renvoyer, pour bien faire,

La belle au chat, le chat au chien.

Le chien au loup. Par le moyen

De cet ar{}unient circulaire, Pilpay jusqu'au Soleil eut enfin remonté; r^e Soleil eut joui de la jeune beauté. Uevenons, s'il se peut, à la métempsycose : Le sorcier du bramin fit sans doute une chose Qui, loin de la prouver, fait voir sa fausseté. Je prends droit là-dessus contre le bramin même;

Car il faut, selon sou système.

Que l'homme, la souris, le ver, enfin chacun Aille puiser son ame en un trésor commun :

Toutes sont donc de même trempe ;

Mais, agissant diversement

Selon l'organe seulement.

L'une s'élève, et l'autre rampe.

D'où vient donc que ce corps si bien organisé

Ne put obliger son hôtesse De s'unir au Soleil? Un rat eut sa tendresse.

Tout débattu, tout bien pesé, Les auies des souris et les ames des belles

Sont très différentes entre elles; Il en faut revenir toujours à son destin, C'est-à-dire à la loi par le ciel établie : Parlez au diable, employez la ma(}ie, Vous ne dé'tournerez nul être de sa fin.

FABLE VIIL

LE l OU QUI VEiND LA SAGESSE.

Jamais auprès dos fous ne le mets à portée : Je lie te puis donner un plus sage conseil.

Il n'est enseignement pareil A celui-là de fuir une tête éventée.

On en voit souvent dans les cours :

Le prince y prend plaisir ' ; car ils donnent toujours Quelcpie trait aux fripons, aux sots, aux ridicules.

Un fol alloit criant par tous les carrefours Qu'il vendoit la sagesse, et les mortels crédules

» La Fontaine fait ici allusion à L'Angely, qui, d'abord au service du prince de Condé, passa à celui du roi, qui prit goût à ses saillies.

LIVIIK IX. i2l î)o courir à l'acliat : cliacun fut clili(;eMt.

Ou ossuyoit force (grimaces;

Puis on avoit, pour sou argent , Avec uu bon soufflet, un fil long de deux brasses, La plupart s'en fâclioient ; mais rpie leur servoit-il? C/étoient les plus moqués : le mieux étoit de rire ,

Ou de s'en aller sans rien dire

Avec sou soufflet et sou fil.

De chercher du sens à la chose , On se fut fait siffler ainsi qu'un ignorant.

La raison est-elle garant De ce que fait un fou? le liasard est la cause De tout ce qui se passe en un cerveau blessé. Du fil et du soufflet pourtant embarrassé , Un des dupes un jour alla trouver un sage ;

Qui , sans hésiter davantage , Lui dit : Ce sont ici hiéroglyphes tout piu's. Les gens bien conseillés , et qui voudront bien faire, Entre eux et les gens fous mettront, pour l'ordinaire, La longueur de ce fîl ; sinon je les tiens sûrs

De quehjue semblable caresse.

Vous n'êtes point trompé; ce fou vend la sagess.'.

FABLE IX

l'iiuitre kt les plaideurs.

Un jour deux pèlerins sur le sable rencontrent

Une huître que le flot y venoit d'apporter :

Ils l'avalent des yeux, du doi(}t ils se la montrent ;

A l'éfjard de la dent , il fallut contester.

Lun se baissoit déjà pour amasser^ la proie;

i/autre le pousse et dit : Il est bon de savoir

Qui de nous en aura la joie.

Celui qui le premier a pu l'apercevoir En sera le {jobeur ; l'autre le verra faire.

Si par là l'on ju{}e l'affaire , ileprit son compagnon, j'ai l'œil bon , Dieu merci.

Je ne l'ai pas mauvais aussi , Dit l'autre , et je l'ai vue avant vous , sur ma vie. Hé bien ! vous l'avez vue ; et moi je l'ai sentie.

Pendant tout ce bel incident, Perrin Dandin^ arrive : ils le prennent pour juge. Perrin , fort gravement , ouvre l'huître , et la gruge ,

^ Var. Ramasser , dans un grand nombre d'éditions ; mais aucune des éditions originales ne porte cette leçon.

2 Nom donné par Rabelais à un homme de justice. {Pantagruel, III, 39.)

LIVRR IX. 123 î\os deux messieurs le regardant.

Ce repas fait, il dit, d'un ton de président : Tenez , la cour vous donne à chacun une écaille Sans dépens ; et qu'en paix chacun chez soi s'en aille.

Mettez ce ([u'il en coule à plaider aujourd'hui ; Comptez ce rpi'il en reste à beaucoup de familles: Vous verrez que Perrin tire l'argent à lui , Et ne laisse aux plaideurs que le sac et les quilles

Li; rOUP ET LE CHIEN MAIGRE.

Autrefois carpillon fretin

Eut beau prêcher , il eut beau dire ,

On le mit dans la poêle à frire-.

Je fis voir que lâcher ce qu'on a dans la uîain ,

Sous espoir de grosse aventure,

Est imprudence toute pure.

Le pécheur eut raison; carpillon n'eut pas tort: Chacun dit ce qu'il peut pour défendre sa vie.

Maintenant il faut que j'appuie Ce que j'avançai lors, de quelque trait encor.

' Expression proverbiale , pour dire ne leur laisse rien. 2 Voyez la fable III du livre V.

(lerlain loup, aussi sot que le pécheur fui saj^e ,

Trouvant uu chien hors du village , S'en alloit l'emporter. Le chien représenta Sa maigreur: Jà^ ne plaise à votre seigneurie

De me prendre en cet état-là ;

Attendez : mou maître marie

Sa fille unique , et vous jugez Q. l'étant de noce il faut, malgré moi, (pie j'engraisse.

Le loup le croit, le loup le laisse.

Le loup, quelques jours écoulés, îîevient voir si son chien n'est pas meilleur à prendre ;

Mais le drôle étoit au logis.

Il dit au loup par un treillis :

Ami, je vais sortir : et, si tu veux attendre,

Le portier du logis et moi

Nous serons tout à l'heure à toi.

Ce portier du logis étoit un chien énorme.

Expédiant les loups en forme.

Celui-ci s'en douta. Serviteur au portier , Dit-il; et de courir. Il étoit fort agile;

Mais il n'étoit pas fort hal)ile.

r'-e loup ne savoit pas encor bien son métier.

ï Déjà, à présent. Vieux langajje.

FABLE XI

Rir:N DE TROP.

Je ne vois point de créature

Se comporter modérément.

Il est certain tempérament

Qne le maître de la nature Veut (jue l'on garde en tout. I^e fait-on? nullement Soit en bien, soit en mal, cela n'arrive guère. Le blé , riche présent de la blonde Céi ès , Trop touffu bien souvent épuise les guérets: En superfluités s'épandant d'ordinaire ,

Et poussant trop abondamment,

Il ôte à son fruit l'aliment.

L'arbre n'en fait pas moins : tant le luxe sait plaire Pour corriger le blé , Dieu permit aux moutons De retrancher l'excès des prodigues moissons.

Tout au travers ils se jetèrent ,

Gâtèrent tout , et tout broutèrent.

Tant cpie le ciel permit aux loups D'en croquer quelques-uns ; ils les croquèrent tous S'ils ne le firent pas, du moins ils y tâchèrent.

Puis le ciel permit aux humains De punir ces derniers : les humains abusèrent

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